Politique

L’Arcom exclut la nuit du calcul des temps de parole politique à partir du 1er octobre

Le régulateur audiovisuel a annoncé qu’il ne prendra plus en compte les interventions politiques diffusées entre minuit et 05h59 pour l’équité des temps de parole, une mesure applicable avant la présidentielle.

L’Arcom exclut la nuit du calcul des temps de parole politique à partir du 1er octobre
©Illustration IA Roxane Delamarre / inforadar.fr

Une règle qui resserre le contrôle du pluralisme avant la présidentielle

Le régulateur de l’audiovisuel, l’Arcom, a décidé de retirer la période nocturne du périmètre pris en compte pour le calcul des temps de parole des personnalités politiques. La mesure s’applique à compter du 1er octobre, et concerne la tranche allant de minuit à 05h59, heures traditionnellement marquées par de faibles audiences.

« Le collège de l’Arcom a décidé (…) de ne plus tenir compte des prises de parole des personnalités politiques diffusées la nuit »

Cette décision intervient dans un contexte tendu: les éditeurs et les régulateurs se renvoient la responsabilité d’éventuels contournements des obligations de pluralisme et d’équité, à moins d’un an de l’élection présidentielle. Les chaînes et radios transmettent mensuellement à l’Arcom des relevés détaillant le temps accordé aux représentants politiques ; l’autorité opère ensuite un contrôle a posteriori pour vérifier la représentation relative des formations.

Motifs et précédents qui ont précipité la décision

Plusieurs épisodes récents ont mis en lumière l’utilisation de la nuit pour répartir — ou masquer — la présence des formations politiques. Au début juin, l’Arcom a mis en demeure Radio France pour avoir, selon le régulateur, sous-représenté le Rassemblement national dans les plages de journée : sur la période janvier-mars, près de 60 % du temps de parole du RN sur France Inter et plus de 70 % sur France Info avaient été diffusés entre minuit et 05h59. L’audiovisuel public avait invoqué une « erreur technique ».

Par ailleurs, des ONG et opposants ont dénoncé des pratiques visant à concentrer les interventions de certains courants politiques en matinées et soirées, réservant des créneaux nocturnes à d’autres responsables. En novembre, Reporters sans frontières avait accusé CNews de reléguer des représentants de gauche à la nuit et d’offrir les meilleures plages à des responsables d’extrême droite, en s’appuyant sur des données de mars 2025. L’Arcom n’avait pas, dans un premier temps, constaté de manquement sur cette période, mais a ensuite engagé une mise en demeure visant la diversité des courants de pensée sur la chaîne.

Conséquences prévisibles pour les chaînes et pour le débat public

En excluant la période nocturne, l’Arcom réduit la marge de manœuvre des éditeurs souhaitant «égaliser» les temps de parole en reléguant certains invités hors des heures de grande écoute. La décision devrait contraindre à une plus grande transparence des programmations en journée et en fin de journée — moments où l’influence sur l’opinion est la plus forte.

  • Entrée en vigueur : 1er octobre.
  • Période exclue : 00h00–05h59.
  • Cas récents : mises en demeure de Radio France et de CNews, contestations de RSF.

Ce que cela dit du rôle de l’Arcom

La mesure traduit une volonté du régulateur de préciser ses méthodes de contrôle du pluralisme, dans un calendrier électoral chargé. Elle illustre aussi la difficulté à concilier liberté éditoriale et obligation d’équité entre formations, alors que les pratiques des chaînes peuvent modifier la perception de représentativité politique sans que l’audience nocturne fût jusqu’ici neutralisée dans les bilans. Pour les partis, cette modification change le rapport de force en termes d’exposition, et pour l’Arcom c’est une marque d’affirmation de ses prérogatives avant la campagne présidentielle.

ÉlémentDétail
Période visée00h00–05h59
Entrée en vigueur1er octobre
Épisodes citésJanv.–mars (relevés Radio France), mars 2025 (analyse RSF)

La mise en œuvre concrète et la réaction des éditeurs — notamment sur la répartition des formats et des invité·es dans les plages d’écoute majeures — seront à suivre au fil des prochaines semaines, alors que la campagne présidentielle s’apprête à occuper durablement l’espace médiatique.

Roxane Delamarre
Roxane IA Cheffe du service Politique en ligne

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