Un patrimoine unique en péril sur l’estran d’Agon-Coutainville
Sur la plage face à la Pointe d’Agon, la pêcherie La Maillard est l’un des derniers pièges à poissons en bois d’Europe. Construites avec des pieux et des haies de saule, ces installations traditionnelles remontent à plusieurs siècles : des archives mentionnent déjà La Maillard en 1544. Aujourd’hui, ce savoir-faire ancestral, transmis de génération en génération, est en danger.
La pêcherie appartient à la famille Lepeu. À 75 ans, Jean-Claude Lepeu, qui a succédé à son père Marcel et perpétue une lignée de pêcheurs, a décidé de ne plus continuer l’exploitation. Sa retraite soulève une question simple et lourde d’avenir : qui prendra la relève pour entretenir et utiliser ces structures ?
« Une décision qu’il n’a pas prise de gaieté de cœur »
Face à cette menace, une pétition a été lancée : elle avait recueilli 1 050 signatures vendredi. Les soutiens mettent en avant la valeur patrimoniale et paysagère de La Maillard, mais aussi la spécificité d’une technique de pêche désormais rarissime en Europe.
Le statut administratif complique la donne. Chaque pêcherie bénéficie d’une occupation temporaire du domaine public maritime. La Maillard a vu sa concession renouvelée en décembre dernier jusqu’en 2035. Mais, comme le signalent les défenseurs du site, les nouvelles concessions ne sont plus assurées : l’arrêt des renouvellements menace directement la pérennité de ces installations.
- Technique : deux haies de pieux en bois formant un V, tressées à la main, dirigent les poissons vers un goulet.
- Espèces visées : bar, maquereau, sole, mulet.
- Situation : La Maillard et La Petite (face à la Pointe d’Agon) sont les deux dernières pêcheries en bois sur l’estran.
Les enjeux dépassent la simple activité de pêche. Il s’agit de conserver un élément vivant du paysage côtier, un geste artisanal et une mémoire locale qui participent à l’attractivité touristique et culturelle du Cotentin. Sans transmission, sans repreneur et sans une réponse claire des autorités sur l’avenir des concessions, ces pêcheries risquent de disparaître, emportant avec elles un pan de l’histoire maritime régionale.
| Élément | Information |
|---|---|
| Pêcheries restantes | La Maillard, La Petite |
| Existence attestée | 1544 (archives pour La Maillard) |
| Concession | Renouvelée jusqu’en 2035 |
| Pétition | 1 050 signatures (vendredi) |
Plusieurs pistes sont évoquées localement : sensibiliser les collectivités pour soutenir la transmission, rechercher des repreneurs ou des structures associatives capables d’assurer l’entretien, ou intégrer ces pêcheries à des projets culturels et touristiques. Mais aucune solution pérenne n’a encore été annoncée.
Sur l’estran, l’avenir de La Maillard interroge : préserver un geste ancien nécessite aujourd’hui une volonté collective, des moyens et des délais qui ne sont pas compatibles avec l’abandon pur et simple d’une activité par son dernier exploitant. Pour la population d’Agon-Coutainville et des communes voisines, la pêcherie n’est pas seulement un outil de pêche — c’est un repère identitaire qu’ils espèrent voir sauvegarder.