Un projet d’accueil qui crispe le Laonnois
La perspective d’une réquisition par l’État de l’ancienne base aérienne de Laon-Couvron pour héberger un rassemblement de la Mission évangélique des Tziganes de France (Vie et Lumière) agite le territoire. Selon les éléments communiqués, l’événement, prévu durant la seconde quinzaine d’août, pourrait réunir entre 20 000 et 30 000 personnes, arrivant au sein d’environ 6 000 caravanes. Dans le Laonnois, plusieurs maires ont fait savoir leur opposition à cette hypothèse, jugeant le risque de désordre et les nuisances potentiellement élevés.
Mobilisation des élus et crispation institutionnelle
Le 1er juillet, des élus du secteur ont manifesté devant la préfecture de l’Aisne à Laon. Une délégation, comprenant notamment les présidents du Pays de Laon et du Pays de la Serre, a été reçue par la préfète, Fanny Anor. Une lettre ouverte à l’attention du Premier ministre a également été remise. Les édiles invoquent des difficultés prévisibles de gestion des flux, la durée d’installation annoncée sur plusieurs semaines et l’impact sur la vie quotidienne des communes alentour.
Un site stratégique, déjà tourné vers un autre avenir
Au cœur du désaccord, la nature même du site pressenti. L’ancienne base militaire ne relève plus majoritairement de l’État : elle a été en grande partie cédée à l’entrepreneur Jonathan Palmer, qui y porte un projet de circuit automobile dédié notamment aux véhicules électriques, doublé d’un parc solaire en lien avec la société Neoen. Selon les élus, les autorisations nécessaires ont été redéposées et un calendrier de travaux se prépare à court terme, rendant toute réquisition d’autant plus sensible.
« Après un travail acharné, les permis de construire et autorisations environnementales viennent d'être redéposés pour la création d'un circuit automobile d'excellence dédiés aux véhicules électriques, couplé à un parc solaire d'envergure avec la société Neoen, [...] Réquisitionner une propriété privée pour imposer un rassemblement évangélique au moment même où le projet avance relève de l'ingérence pure et simple d’autant plus que l’association Vie et Lumière est propriétaire d’un site dans le Loiret »
Cette prise de position, portée par le maire de Laon et président du Pays de Laon, illustre la ligne défendue par les élus : ne pas compromettre un investissement structurant au moment où il franchit des étapes administratives cruciales.
Ordre public, accès et services : les points de vigilance
L’arrivée de plusieurs dizaines de milliers de personnes en un même lieu pose, de l’aveu des maires, une série d’interrogations concrètes : capacité de circulation sur les axes secondaires, sécurité aux abords et sur le site, gestion de l’eau, de l’assainissement et des déchets, ou encore prise en charge sanitaire. Les communes du Laonnois, composées pour beaucoup de petites collectivités rurales, redoutent une pression exceptionnelle sur des services dimensionnés pour le quotidien, pas pour un afflux estival massif.
- Flux routiers et stationnements sur plusieurs semaines
- Coûts de sécurité et d’entretien du domaine public
- Articulation avec un site en propriété privée et un projet industriel en cours
Un territoire marqué par les reconversions
Dans l’Aisne, les friches militaires ont souvent servi de matrices à de nouvelles activités. Laon-Couvron, témoin d’une histoire aérienne qui a façonné le plateau, s’inscrit depuis des années dans cette logique de reconversion. La controverse actuelle remet en lumière une constante locale : trouver un équilibre entre usages temporaires et ancrage économique durable, sur des sites dont la transformation conditionne l’emploi et l’image du territoire.
Ce que l’on sait à ce stade
Le ministère de l’Intérieur envisage une réquisition du site pour sécuriser la tenue du rassemblement. Les élus ont formalisé leur opposition et demandé à l’État de renoncer à cette piste. Une rencontre a eu lieu à Laon avec la préfète ; la décision finale n’est pas connue à ce jour. En attendant, les porteurs du projet industriel affirment poursuivre leurs démarches administratives.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Site pressenti | Ancienne base de Laon-Couvron |
| Période évoquée | Seconde moitié d’août |
| Affluence estimée | 20 000 à 30 000 personnes |
| Caravanes | Environ 6 000 |
| Propriété | Site en grande partie privé (Jonathan Palmer) |
Quelles suites possibles pour Laon et ses environs ?
La décision, si elle intervient, aura des répercussions immédiates sur l’organisation du territoire à la fin de l’été. Pour les collectivités, l’enjeu est double : préserver la continuité des services locaux et ne pas freiner une reconversion industrielle annoncée comme porteuse. Dans ce dossier, l’arbitrage de l’État entre impératifs d’ordre public et respect d’une propriété privée déjà engagée dans un projet énergétique et automobile pèsera sur l’image de Laon et du Laonnois à moyen terme. Les élus, eux, ont fixé une ligne claire : pas de réquisition sur ce site et une vigilance accrue sur les conséquences très concrètes pour les communes rurales alentour.