Un sursaut conjoncturel, largement lié au Mondial
Le produit intérieur brut du Mexique est repassé en territoire positif au deuxième trimestre, avec une croissance trimestrielle de +1,5 % après un recul de -0,6 % au premier trimestre. Ce redressement constitue la plus forte progression depuis la fin 2020, selon l'Institut national de statistiques (Inegi).
L'explication principale avancée par les analystes est l'accueil de la Coupe du monde de football. La tenue de la compétition dans plusieurs villes mexicaines a stimulé des composantes cycliques de l'activité : investissements dans la construction, afflux touristiques et consommation.
Des impulsions visibles mais concentrées
Plusieurs indicateurs confirment la nature localisée du choc :
- Près de 2,5 milliards de dollars d'investissements en construction ont été réalisés pour préparer les villes hôtes (Mexico, Guadalajara, Monterrey).
- Le tourisme a fortement contribué : presque 8 millions de visiteurs ont séjourné dans les trois villes pendant la compétition.
- Après dix-neuf mois de recul en glissement annuel, l'investissement global a rebondi en avril, porté par le secteur du bâtiment.
« Au moins les deux tiers de cette croissance viennent de l'effet produit par le Mondial », assure Gabriela Siller, analyste pour la banque BASE.
Cette citation résume le diagnostic des économistes : une large part du progrès du PIB est conjoncturel et directement imputable à la Coupe du monde. Le dernier tiers du rebond est interprété comme un simple effet de rattrapage après le recul du premier trimestre.
Des gagnants… et des perdants
Si les villes hôtes ont bénéficié d'une forte demande, l'effet a été redistribué au détriment d'autres destinations touristiques mexicaines. Sur la même période, les arrivées internationales ont chuté :
| Destination | Variation des arrivées |
|---|---|
| Los Cabos | -14 % |
| Puerto Vallarta | -33,5 % |
| Cancún | -13,5 % |
Ces mouvements témoignent d'un effet de substitution : l'attrait des villes hôtes a capté un flux de visiteurs qui, autrement, se serait dispersé sur d'autres destinations. Pour les acteurs du tourisme hors grandes villes, l'impact peut donc être négatif sur la saison.
Consommation soutenue… mais à crédit
La consommation des ménages a augmenté pendant le Mondial, portée par l'animation et les rassemblements. Mais les conditions sous-jacentes restent fragiles : le marché du travail demeure instable et le pouvoir d'achat des ménages est réduit, poussant de nombreux ménages à recourir au crédit. Les analystes alertent sur le risque d'un reflux de la demande une fois les emprunts remboursés.
Quel avenir pour la croissance mexicaine ?
Le diagnostic est clair : le rebond du deuxième trimestre est réel, mais largement temporaire et concentré géographiquement. Sans impulsions durables sur l'emploi et le pouvoir d'achat, et sans reprise robuste de l'investissement productif hors chantier d'infrastructure lié à l'événement, la trajectoire de croissance risque de retomber.
Pour les acteurs économiques et investisseurs, la lecture de ces chiffres doit donc être prudente : il s'agit d'un redressement marqué par un événement ponctuel plutôt que d'un basculement structurel de l'économie mexicaine.