Un territoire végétal qui structure le littoral
En Guyane, la mangrove n'est pas un simple trait de côte : elle forme un vaste réseau de forêts côtières et fluviales qui occupe près de 80 % du littoral. Le dernier recensement disponible, réalisé en 2020, chiffre sa surface à 53 106 hectares, soit plus de la moitié des mangroves françaises.
Ce milieu particulier est en perpétuel mouvement. Les bancs de vase transportés par le courant amazonien peuvent, là où ils s'accumulent, favoriser l'installation rapide de jeunes palétuviers. À l'inverse, certaines zones subissent une érosion telle que des secteurs entiers de mangrove peuvent disparaître en quelques mois.
Un rôle écologique et économique essentiel
Les racines des palétuviers constituent des abris et des zones d'alimentation pour une diversité d'espèces marines : poissons, crevettes, crabes. Elles jouent donc un rôle de nurserie pour les ressources halieutiques locales, importantes pour la pêche artisanale et la sécurité alimentaire de nombreuses communautés côtières.
- Fonction nurserie : habitat pour juvéniles de poissons et crustacés.
- Protection côtière : limitation de l'érosion et piégeage des sédiments.
- Stockage du carbone : jusqu'à 350 tonnes par hectare sous forme de biomasse.
Protection et zones vulnérables
Une part conséquente des mangroves guyanaises bénéficie d'un statut de protection : plus d'un tiers est géré par le Conservatoire du littoral, tandis qu'environ 11 000 hectares sont inclus dans le périmètre du Parc naturel régional de Guyane. Les mangroves d'Awala-Yalimapo et de la côte de Kaw sont intégrées à des réserves naturelles.
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Surface totale (2020) | 53 106 ha |
| Part du littoral occupée | ~80 % |
| Stockage carbone (max) | 350 t/ha |
| Surface en PNR | ~11 000 ha |
Cependant, toutes les mangroves ne bénéficient pas du même niveau de protection. Des secteurs comme la Pointe Béhague et les rives du Maroni subissent des pressions anthropiques : orpaillage, pratiques de pêche et autres activités qui peuvent fragiliser ces écosystèmes.
Conséquences et enjeux pour la Guyane
La dynamique naturelle — alternance d'envasement et d'érosion — rend difficile la prévision de l'évolution du trait de côte. Pour les pêcheurs, la disparition ou le déplacement des mangroves modifie les zones de pêche et les ressources disponibles. Pour les collectivités, ces zones représentent aussi un enjeu de lutte contre le recul du littoral et un potentiel de séquestration du carbone à prendre en compte dans les stratégies climatiques.
La reconnaissance de l'importance des mangroves se traduit déjà par des mesures de protection locales, mais la coexistence entre usages humains et préservation durable reste un défi. Sur un territoire vaste et peu densément peuplé comme la Guyane, la gestion de ces forêts côtières implique de coordonner scientifiques, gestionnaires, populations locales et acteurs économiques pour concilier préservation et activités traditionnelles.
Pour les riverains et usagers du littoral : la reconnaissance du rôle des mangroves — nurserie, protection et puits de carbone — est un premier pas pour mieux orienter les politiques de protection et les pratiques sur le terrain.