Une coalition d’acteurs locaux relance la bataille judiciaire contre l’État
Le 21 mai 2026, le Tribunal administratif de Guyane a rejeté le recours déposé par une coalition composée de six associations et de deux habitants du Haut-Maroni qui dénonçaient une carence de l’État face à l’orpaillage illégal et à la pollution au mercure. Les plaignants ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel devant la Cour administrative d’appel de Bordeaux.
Le tribunal a reconnu l’existence de graves atteintes à l’environnement et a retenu un dommage spécifique qualifié dans le jugement, mais il a estimé que les moyens déployés par l’État étaient suffisants pour ne pas retenir sa responsabilité pour carence.
« préjudice écologique culturel »
Cette expression, présente dans le jugement, traduit la manière dont la contamination du fleuve affecte non seulement les écosystèmes mais aussi les usages, pratiques et cultures des populations riveraines. Dans les villages du Haut-Maroni, le fleuve n’est pas seulement un espace naturel ; il est source d’alimentation, de savoirs et d’identité.
Des éléments scientifiques qui continuent d’inquiéter
Les associations se fondent sur des travaux sanitaires qui montrent des niveaux de mercure significativement supérieurs aux normes dans des populations locales. Des études réalisées en 2024 ont, selon la coalition, révélé des concentrations jusqu’à dix fois supérieures aux seuils légaux chez des habitants du Haut-Maroni. Ces données alimentent l’argumentaire selon lequel la pollution entraîne un risque sanitaire à long terme, notamment pour les femmes enceintes et les enfants.
La réponse de l’État et l’opération Harpie
Le tribunal a pris en compte les moyens mobilisés par l’État contre l’orpaillage illégal, citant notamment l’opération dite Harpie. Selon le jugement, cette opération est dotée d’un budget annuel d’environ 70 millions d’euros, ce que les juges ont jugé suffisant pour répondre aux obligations de l’administration en la matière. Les associations contestent toutefois l’efficacité et l’adéquation de ces moyens au regard des flux d’orpaillage et de la contamination persistante du fleuve.
| Élément | Chiffre cité |
|---|---|
| Budget opération Harpie (annuel) | 70 M€ |
| Taux de mercure observé (études 2024) | Jusqu'à 10× la norme légale |
Conséquences locales et enjeux pratiques
- Risque sanitaire : exposition chronique via la consommation de poissons et produits locaux.
- Perte de pratiques culturelles et alimentaires liées au fleuve pour des communautés amérindiennes et bushinengué.
- Question de confiance envers l’action publique et de suivi effectif des opérations de lutte contre l’orpaillage.
L’appel devant la Cour administrative d’appel vise à obtenir une reconnaissance plus nette de la responsabilité de l’État et, le cas échéant, des mesures de réparation ou d’atténuation renforcées. Pour les populations du Maroni, dispersées sur un vaste territoire aux grandes distances et aux accès parfois difficiles, la décision à venir sera scrutée comme un indicateur de la capacité de l’État à protéger à la fois la santé publique et les usages traditionnels du fleuve.
À court terme, la procédure d’appel signifie que l’affaire prendra encore plusieurs mois à se traiter, mais elle remet en lumière la nécessité d’un suivi sanitaire et environnemental renforcé, ainsi que d’actions coordonnées sur le terrain entre autorités, scientifiques et représentants locaux.