Ouverture d’un procès sensible aux ramifications réunionnaises
La cour d’assises spéciale de Paris, compétente en matière de terrorisme, a ouvert ce lundi le procès de quatre hommes soupçonnés d’avoir rejoint, depuis La Réunion, des groupes armés en Syrie entre 2014 et 2019. D’après la juridiction, un seul mis en cause est présent dans le box ; les trois autres sont présumés morts. Les prévenus, âgés de 30 à 41 ans, seraient nés à Madagascar ou à Mayotte avant un processus de radicalisation sur l’île.
Des faits visés : EI et Jabhat al-Nosra
Selon la cour, le groupe est renvoyé pour des faits d’appartenance à plusieurs organisations djihadistes en Syrie, notamment l’État islamique (EI) et Jabhat al-Nosra, branche d’Al-Qaïda jusqu’en 2016 et dissoute début 2017. Parmi eux, Anthony De Monjoie Maurice, 40 ans, est soupçonné d’avoir posé des engins explosifs pour entraver l’avancée des Forces démocratiques syriennes – alliance à dominante kurde opposée à l’EI dans le nord-est syrien. Il lui est aussi reproché d’avoir assuré des surveillances pour le compte de Jabhat al-Nosra entre 2014 et 2016.
Une filière repérée et démantelée à La Réunion
La cour rappelle que les prévenus se seraient radicalisés à La Réunion, où ils auraient suivi des enseignements promouvant le « djihad armé » et un entraînement physique, avant leur départ pour la Syrie en 2014. Cette filière, démantelée en 2015, est présentée comme la première de ce type détectée par les services spécialisés dans un département d’outre-mer. Les juges évoquent également un rôle de recrutement attribué à l’accusé présent, qui aurait tenté d’inciter d’autres ressortissants français à se rendre en zone de conflit.
Chronologie succincte
| Période | Élément |
|---|---|
| 2014 | Départs vers la Syrie après une phase de radicalisation à La Réunion |
| 2014–2016 | Surveillances présumées pour Jabhat al-Nosra |
| 2015 | Démantèlement de la filière réunionnaise |
| 2019 | Interpellation d’Anthony De Monjoie Maurice en Turquie |
| 2020 | Remise de l’intéressé aux autorités françaises |
Les déclarations de l’accusé
À l’ouverture des débats, l’accusé a contesté l’ampleur des faits qui lui sont reprochés. Dans le box, tee-shirt vert et cheveux courts, il a déclaré :
« J’entends les faits qui me sont reprochés mais c’est très exagéré (...) J’ai été qualifié de djihadiste mais mon voyage en Syrie, c’était pour autre chose »
Ces propos ont été consignés à l’audience. L’homme, qui nie l’intention terroriste, est présumé innocent jusqu’au jugement définitif.
Ce que la justice examine
Outre l’appartenance alléguée à des organisations terroristes, la cour s’attarde sur :
- l’implication opérationnelle supposée (pose d’explosifs, missions de surveillance) ;
- la dimension de recrutement évoquée par l’accusation ;
- le cheminement de radicalisation à La Réunion et les conditions de départ vers la Syrie.
Ces éléments s’inscrivent dans un dossier aux ramifications locales, la filière ayant été identifiée sur l’île avant son démantèlement en 2015.
Un enjeu pour l’île et pour la justice antiterroriste
Au-delà des responsabilités individuelles que la cour devra trancher, ce procès ravive une mémoire locale sensible : la découverte, il y a plus de dix ans, d’un circuit d’endoctrinement et de départs vers une zone de guerre à partir de La Réunion. Il rappelle également le rôle de la justice antiterroriste dans le traitement de parcours disparates, parfois marqués par des allers-retours en zone de conflit et des arrestations à l’étranger, comme en Turquie en 2019 pour l’accusé présent à l’audience, remis à la France en 2020.
La suite de l’audience
La cour entendra les différentes parties sur la période 2014–2019, les liens présumés avec l’EI et Jabhat al-Nosra, ainsi que les circonstances des départs depuis La Réunion. Les trois co-accusés étant présumés décédés, l’instruction de leurs volets repose sur les éléments de procédure et les investigations antérieures. Le verdict interviendra à l’issue des débats. Aucune autre précision de calendrier n’a été communiquée dans l’immédiat.