Un été qui fait reculer les repères pour les éleveurs
La combinaison d'une sécheresse persistante et de canicules successives met sous tension les exploitations d'élevage de l'Eure‑et‑Loir. Sur son exploitation de polyculture‑élevage à Arrou, Lubin Crespeau constate des effets visibles sur la production, l'alimentation et le confort des animaux.
Installé depuis novembre 2024 sur 150 hectares, il gère un cheptel de 65 vaches laitières et souligne un déplacement des calendriers : la période pendant laquelle les animaux pâturaient normalement six mois est désormais perturbée, et l'approvisionnement en herbe et en fourrage est engagé plus tôt que d'habitude.
"On commence à leur apporter de la nourriture au pâturage en août, mais là, avec la sécheresse, nous avons un mois d'avance"
Les conséquences sont multiples : baisse de rendement laitier, raréfaction du foin et parcelles de culture affectées par le manque d'eau. Lors de la canicule de mai, l'éleveur a observé une diminution de la production moyenne par vache d'environ 5 kilos par jour, témoignage d'un stress thermique palpable sur le troupeau.
Des réponses de terrain, souvent improvisées
Pour limiter l'impact, des adaptations simples ont été mises en œuvre : suppression d'une porte de stabulation pour favoriser les courants d'air et mise en place d'un système de brumisation bricolé. Ces mesures ont réduit le besoin de sortie des animaux malgré la chaleur. Mais elles ne résolvent pas le problème du fourrage et de l'eau.
- Stocks : des réserves partielles de l'année précédente existent, mais insuffisantes pour compenser une récolte 2026 déficitaire.
- Parcelles : sur 28 hectares de maïs, 8 hectares montrent déjà un déficit notable.
- Alimentation : coût et disponibilité des grains inquiètent si la pluie tarde.
À l'échelle locale, les syndicats agricoles, dont les Jeunes Agriculteurs et la FNSEA du département, suivent la situation et se réunissent pour échanger les solutions et demandes d'appui. La fragilité des approvisionnements fourragers pose la question d'une éventuelle aide ciblée si la situation évolue défavorablement.
| Indicateur | Chiffre rapporté |
|---|---|
| Surface de l'exploitation | 150 ha |
| Cheptel | 65 vaches laitières |
| Surface de maïs | 28 ha (dont 8 ha touchés) |
| baisse de lait observée | ~5 kg par vache/jour lors de la canicule de mai |
Sur le terrain, l'inquiétude est pragmatique : trouver de l'eau pour assurer les cultures et des solutions de compensation pour le fourrage. À court terme, les éleveurs privilégient les économies d'eau, la réaffectation des stocks et la mutualisation d'achats quand c'est possible. À moyen terme, la crainte porte sur des coûts supplémentaires et une baisse de rentabilité si la météo reste défavorable.
Dans un département majoritairement rural, ces tensions sur l'alimentation animale et la production laitière ont des retombées sur l'emploi, les filières locales et la vie des communes. Les prochaines pluies — et leur régularité — seront déterminantes pour savoir si l'été restera une parenthèse gérable ou le début d'un épisode plus grave pour l'élevage eurélien.
Correspondance Eure‑et‑Loir