Une chaîne d’intermédiaires sous haute tension
Dans la douceur des rives de la Somme, l’adresse du 7 rue de l’Île-Mystérieuse à Boves est devenue, ces derniers mois, le point de convergence d’une affaire qui inquiète. Des particuliers aux revenus modestes, séduits par la promesse de subventions pour la rénovation de leurs logements, dénoncent aujourd’hui une disparition de fonds et des travaux qui n’ont jamais eu lieu.
Les plaignants expliquent avoir monté des dossiers avec l’aide de Soliha 80, l’antenne locale du réseau Solidarité Habitat, qui les aurait ensuite orientés vers la Capeb de la Somme (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment). La Capeb, elle-même, aurait confié la coordination des opérations à une structure appelée ECAB (Entreprise coopérative des artisans du bâtiment) — également installée au même numéro à Boves.
Montants évoqués et témoignages
Les premiers éléments rassemblés par les victimes font état d’un trou financier estimé à environ 170 000 € pour le moment. Dans un cas précis relaté aux enquêteurs, un particulier près de Noailles (Oise) a versé 45 000 € en deux fois (septembre et novembre 2025), alors que la subvention promise s’élevait à 18 000 €. Le couple de montants évoqué par la victime (45 000 € + 18 000 €) représente une somme totale de 63 000 € pour ce dossier précis.
"On s'occupe de tout. C’est nous qui percevons la subvention. Mais c’est nous qui percevons aussi votre part. Veuillez envoyer rapidement votre argent..."
Cette formule, rapportée par des plaignants, figure dans les pièces transmises aux enquêteurs et illustre la méthode : prise en charge des démarches administratives, collecte des aides et perception des fonds « clients » au sein d’un même dispositif — un montage qui, si les faits sont avérés, aurait facilité la disparition de sommes importantes.
L’enquête et les conséquences locales
La section financière de la direction interdépartementale de la police nationale (la PJ financière) a été saisie et a ouvert des investigations pour déterminer l’ampleur et la nature exacte des manquements. À ce stade, les recherches portent sur les circuits de perception des subventions et sur la réalité des prestations promises par ECAB et les artisans censés effectuer les travaux.
- Victimes : petits propriétaires de l’Oise et de la Somme.
- Structures impliquées : Soliha 80, Capeb 80, ECAB (même adresse à Boves).
- Montant porté à ce stade : environ 170 000 € manquants.
Pour les habitants qui se trouvent aujourd’hui sans travaux et sans argent, la démarche judiciaire est lourde et souvent anxiogène. Le recours à la PJ financière indique que les enquêteurs suspectent une organisation dépassant la simple mauvaise gestion : des éléments comptables et des témoignages multiples sont en cours de vérification.
Informations pratiques et vigilance
Les personnes ayant confié des fonds via ces structures ou ayant signé des devis peuvent contacter la police judiciaire si elles n’ont pas reçu de prestation conforme ni d’explication satisfaisante. Conserver tous les documents (contrats, courriers, échanges, preuves de virements) facilitera les expertises et la constitution des dossiers de plainte.
Sur le plan local, cette affaire jette une ombre sur des dispositifs d’accompagnement destinés aux ménages modestes. Elle pose la question du contrôle des intermédiaires et de la transparence dans la gestion des subventions à la rénovation énergétique — un enjeu fort dans un territoire où les petites communes et les maisons individuelles sont nombreuses.
La PJ financière poursuivra ses vérifications. D’ici là, plusieurs familles attendent des réponses et le remboursement des sommes avancées pour remettre à flot des projets devenus trop lourds à porter.