Des vaches savoyardes qui transhument du cœur des Alpes jusqu'au Bocage
Arrivés dans l'Orne en 2022, Jules Hergault et Marie‑Gabrielle Durand ont choisi d'élever des tarentaises, une race bovine rustique originaire des vallées de Savoie. Installés près de Tinchebray‑Bocage, ils espèrent tirer de ce troupeau un fromage de montagne d'ici 2027, calquant partiellement des pratiques alpines sur des collines bocagères.
Les tarentaises se distinguent par une robe fauve, des sabots solides et des cornes claires. De format plus petit que certaines races laitières, elles se prêtent bien au pâturage extensif et à des fermes de petite taille — des caractéristiques mises en avant par le couple pour produire une alimentation laitière de qualité sans recourir à des systèmes intensifs.
« Nous avons observé le travail dans des fermes de petite taille, avec l'envie de réaliser du fromage de montagne », explique Jules.
Cette citation traduit l'ambition : s'appuyer sur la polyvalence de la tarentaise pour élaborer un produit typé, lié aux pratiques d'estive et aux savoirs-faire de montagne, même hors des massifs alpins. Le projet s'inscrit à la fois dans une logique de valorisation locale et dans une démarche de diversification incontournable pour de petites exploitations.
Enjeux techniques et économiques pour une petite ferme
- Adaptation des pratiques : transposer des méthodes d'estive et d'affinage à un territoire différent impose une phase d'expérimentation et d'adaptation.
- Sauvegarde de la race : en choisissant la tarentaise, les éleveurs participent à la diffusion d'une race montagnarde réputée pour sa rusticité.
- Viabilité économique : viser le fromage de montagne suppose un positionnement qualitatif et une valeur ajoutée suffisante pour assurer la pérennité de l'exploitation.
Sur le plan pratique, les premières saisons d'estive (pâturage en alpage) ont servi de laboratoire : observation des troupeaux, ajustement des soins et apprentissage des routines propres aux élevages de montagne. Le couple entend garder une organisation à deux, en misant sur la polyvalence et la maîtrise de bout en bout de la production — de la traite à l'affinage.
| Année | Fait marquant |
|---|---|
| 2022 | Installation près de Saint‑Cornier‑des‑Landes (Tinchebray‑Bocage) |
| 2023–2026 | Été en estive, apprentissage des méthodes de montagne |
| 2027 | Objectif : production de fromage de montagne |
Pour la Savoie, cette trajectoire illustre la diffusion des pratiques et des races alpines au‑delà des massifs. Elle pose aussi la question du lien entre terroir et race : un fromage dit « de montagne » peut‑il être élaboré hors des alpages traditionnels tout en conservant une véritable identité? La réponse passera par la qualité du lait, le savoir‑faire d'affinage et la communication vers les consommateurs.
Enfin, ce type d'initiatives attire l'attention sur la nécessité d'accompagner les petits éleveurs : formation à l'affinage, filières courtes pour la commercialisation et reconnaissance des spécificités (labels, mentions géographiques) sont autant d'outils qui peuvent transformer un projet local en activité durable.
En attendant la première meule, la ferme des Vallons continue de consolider son troupeau et d'expérimenter : une manière concrète de porter un peu de Savoie jusque dans le Bocage.