Un week-end pour reprendre haleine au pied des montagnes
À Ancelle, au cœur du Champsaur, une poignée de propriétaires de gîtes a décidé de transformer l'hébergement en levier de répit. L'association Hébergeuses solidaires, créée en 2025, propose à des femmes confrontées à un cancer — celles que le réseau appelle les « femmes au ruban » — des séjours ou des moments de bien-être. L'idée est simple : offrir une parenthèse pour sortir du tunnel médical, retisser les liens et souffler, ne serait-ce que l'espace d'un week-end.
Pour Aurélie Chabert, en rémission d'un cancer du sein, cette coupure à Ancelle est plus qu'une échappée : une étape pour se retrouver, ensemble, après des mois de traitements et d'absences imposées. Le dispositif bénéficie aussi aux proches, souvent pris dans la mécanique des rendez-vous et des inquiétudes.
Des hébergeuses engagées, un réseau qui grandit
Le réseau compte aujourd'hui presque 300 adhérentes dans tout le pays, dont six dans les Hautes-Alpes. Parmi elles, Laurence Mallarino, ancienne institutrice et logeuse à Ancelle, qui a rejoint l'association dès qu'elle en a découvert l'existence sur les réseaux sociaux. Son moteur : remettre de l'humain au centre d'une activité touristique parfois trop standardisée.
« L'humain c'est important pour moi et les gîtes, je trouvais que ça manquait de sens. J'aime accueillir les gens et là j'ai l'impression d'apporter un peu d'humanité et de bonheur à des gens qui sont malades ou qui traversent des périodes difficiles »
Ce maillage s'inscrit dans un territoire rompu à l'accueil de visiteurs, mais ici la priorité n'est pas la haute saison : c'est la respiration des familles qui prima. Entre montagnes et prairies, la destination offre un cadre calme, une météo plus fraîche en altitude l'été, et des espaces accessibles pour se poser, sans chercher la performance.
Ce que ces séjours changent, concrètement
- Un changement de décor qui rompt la routine post-soins et recentre sur la vie de famille.
- Des cadeaux solidaires proposés par les hébergeuses (séjour, accès spa) pour alléger la charge mentale.
- Un temps de lien pour les conjoints et les enfants, souvent en tension pendant les traitements.
Le mari d'Aurélie, Damien, résume l'effet de cette mise entre parenthèses au milieu des sommets : sortir la tête de l'eau, au moins pour quelques jours, loin des salles d'attente et des échéances médicales.
« Ça fait changer un petit peu d'air, changer d'esprit et puis se retrouver ailleurs dans un autre contexte permet de mettre tout ça de côté pendant au moins un week-end »
Des chiffres qui comptent, à l'échelle locale
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Année de création | 2025 |
| Adhérentes en France | près de 300 |
| Adhérentes dans les Hautes-Alpes | 6 |
| Type d'offres | Séjours en gîte, moments bien-être (spa) |
Ces chiffres peuvent paraître modestes, mais dans un département de montagne où les distances et l'isolement pèsent, six adresses solidaires changent déjà la donne. Elles créent des relais de proximité, capables d'accueillir sans formalités superflues, avec un souci de discrétion et de dignité.
Au-delà du repos, une reconstruction
La période qui suit la fin des traitements est souvent un angle mort du parcours de soins. Loin de l'hôpital, sans accompagnement quotidien, le retour à la normale se heurte à la fatigue physique, aux peurs, et à la nécessité de réinstaller des routines familiales. Ici, l'hébergement n'est pas une fin, mais un outil : un cadre doux, une chambre où l'on ferme la porte, un paysage qui aide à remettre du mouvement. Ces détails comptent quand il faut réapprendre la légèreté.
« Quand les traitements s'arrêtent [...] on nous dit “à dans 6 mois”. Pour moi ça a été dur parce que je me suis sentie un peu abandonnée »
À Ancelle, cette impression d'abandon laisse place à une montagne plus accueillante, qui sert de support à la reconstruction. Sans promesse excessive, juste une trêve utile, pour repartir un peu plus solide.
Un modèle discret, mais efficace
Hébergeuses solidaires ne se revendique pas comme une structure médicale. L'association fonctionne avec des logeurs bénévoles qui offrent du temps et un toit. Le geste est simple, concret, immédiatement utile. Et il s'inscrit dans l'ADN du Champsaur : une vallée montagnarde qui sait conjuguer accueil et sobriété, loin des effets d'annonce. Ici, on fait, puis on en parle.