Une base de production toute neuve aux portes de Saint-Brieuc
Dans la zone des Châtelets, tout près de Saint-Brieuc, un vaste bâtiment de 6 000 m² a changé d'allure ces derniers mois. C’est là que Cooperl Équipements, la branche de la coopérative costarmoricaine dédiée aux matériels d’élevage, a pris ses quartiers à l’automne 2025. Pour l’heure, l’activité se construit pas à pas, avec une équipe restreinte de 6 collaborateurs, appelée à passer à 8 fin 2026 puis 10 en 2027, selon la trajectoire annoncée.
Le pari est assumé : rassembler sous un même toit des lignes d’assemblage pour des solutions conçues maison et déjà diffusées en France et à l’international. La direction résume cette phase comme un démarrage pragmatique, rythmé par la commande et l’export.
« Nous fonctionnons un peu en mode start-up industrielle », explique Pierre Le Guilloux, directeur de Cooperl Équipements, en soulignant que la montée en charge dépendra des investissements des éleveurs et d’une conjoncture mondiale encore mouvante.
De l’atelier de fortune à l’outil industriel
Le mouvement engagé près de Saint-Brieuc prolonge une histoire entamée modestement. Il y a une dizaine d’années, la coopérative a fait le choix de concevoir et produire ses propres équipements, pour améliorer ses gammes et ouvrir plus largement les portes de l’export, jusqu’en Chine notamment. Le premier jalon remonte à 2012 avec un chariot électrique destiné au transport des cadavres d’animaux, suivi par un système de raclage. Depuis, la branche a étoffé son offre et capitalisé sur sa R&D : une trentaine d’ingénieurs, une vingtaine de brevets déposés et plusieurs distinctions, dont des « Innov’Space 3 étoiles ».
La progression se mesure aussi aux chiffres d’affaires. En une quinzaine d’années, Cooperl Équipements est passée d’environ 27 M€ à un niveau attendu de 100 M€ en 2026. L’effectif de la branche atteint désormais 400 salariés. Dans cet ensemble, le site briochin vient servir d’appui industriel pour des produits qui ont trouvé leur marché au-delà des frontières.
Robots, tri optique et unités mobiles : ce qui sortira de Saint-Brieuc
Le site assemble plusieurs familles de solutions techniques pensées pour l’élevage : robots d’aspiration des lisiers et de repousse de fourrage, unités mobiles (dont les chariots ramasseurs de cadavres), tableaux de distribution d’eau, et systèmes de tri des animaux par caméra optique. Ces derniers tirent la demande, en particulier en Amérique du Nord et en Asie.
« Ces derniers ont un gros succès », souligne Nicolas Magnan, responsable des opérations, en citant le Canada et la Chine parmi les débouchés phares, au même titre que les robots.
- Solutions d’automatisation (robots, tri par caméra) pour gagner en précision et en temps sur les élevages.
- Équipements mobiles pour des interventions ciblées sur site.
- Matériels de gestion de l’eau adaptés aux contraintes des bâtiments d’élevage.
L’organisation industrielle locale s’ajuste à cette gamme variée, avec des postes orientés assemblage et contrôle, dimensionnés pour absorber, au fil des mois, l’accélération escomptée si le marché confirme son appétit.
Une trajectoire liée aux marchés et à la géopolitique
Le tempo n’est pas uniquement technique ; il dépend des capacités d’investissement des éleveurs et d’un contexte international qui influe sur l’export. La direction l’assume : produire « n’est pas si facile » quand les cycles d’achats fluctuent et que les routes commerciales se recomposent. La stratégie consiste donc à avancer par paliers, en alignant les volumes sur les commandes et en sécurisant les priorités : les robots et les systèmes de tri, générateurs de valeur et déjà bien identifiés sur les marchés extérieurs.
Dans ce cadre, l’outil briochin joue la carte de la flexibilité. Les équipes, courtes mais spécialisées, doivent pouvoir pivoter entre gammes en fonction des flux. Cette approche veut préserver la qualité et la cadence, tout en restant sobre en immobilisations tant que la courbe de demande n’est pas stabilisée.
Poids local d’un groupe costarmoricain
Cooperl, maison mère, revendique 7 500 salariés et un chiffre d’affaires de 2,7 Md€ en 2024. En ancrant une partie de la production d’équipements près de Saint-Brieuc, la coopérative consolide son maillage industriel dans le département. Au-delà du symbole, cela signifie des allers-retours logistiques plus courts pour certaines lignes, une présence accrue d’emplois qualifiés et une visibilité renforcée sur des technologies qui, du lisier au tri des animaux, cherchent à automatiser des tâches répétitives et à fiabiliser le quotidien des élevages.
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Surface du site | 6 000 m² |
| Effectif sur site (2025-2026) | 6 collaborateurs, objectif 8 fin 2026, 10 en 2027 |
| CA Cooperl Équipements (attendu 2026) | 100 M€ |
| Effectif Cooperl Équipements | 400 salariés |
| Groupe Cooperl (2024) | 7 500 salariés ; 2,7 Md€ de CA |
À ce stade, l’enjeu est clair : transformer l’outil flambant neuf en un site qui tourne à un régime régulier, capable d’absorber l’export comme les besoins domestiques. La marche se fera par incréments. Le calendrier d’effectifs annoncé en donne une illustration, à la fois prudente et déterminée.
Un cap : industrialiser sans perdre l’agilité
De l’activité née « dans un garage » à un site de plusieurs milliers de mètres carrés, le saut est réel. Il s’agit désormais d’industrialiser sans renier l’agilité qui a porté les premières innovations. C’est dans ce compromis que se jouera la suite, entre carnet de commandes, fiabilité des chaînes et maintien de la R&D au plus près des usages de terrain. Si la demande suit, les robots et systèmes optiques assemblés à Saint-Brieuc continueront de s’exporter « dans le monde entier », comme l’espèrent les équipes, avec le Canada et la Chine en têtes de pont.