Une militante ancrée localement, emportée après des années de combat
Anicia Berton, dite « Az fanm Djok », est décédée. Originaire de Sainte-Anne, elle était connue pour son engagement public auprès des victimes de la pollution au chlordécone, pour la reconnaissance du drapeau rouge, vert et noir, ainsi que pour les actions en faveur des réparations et de la justice sociale et environnementale en Martinique. Elle présidait l'association Nasyon Matinik et était membre de l'Assaupamar.
Son parcours, relaté à plusieurs reprises dans les médias locaux, illustre la porosité entre expérience personnelle et militantisme collectif. Après avoir traversé deux cancers en l'espace de six ans, elle confiait dans un entretien en octobre 2018 que ces épreuves l'avaient renforcée dans sa détermination à porter la voix des personnes exposées aux risques sanitaires liés aux pesticides.
« Je vais vous avouer quelque chose. J'ai eu un cancer du sein. En six ans, je suis à mon deuxième cancer. Effectivement, j'étais déjà militante, mais le fait d'être moi-même victime, ça m'a donné plus l'envie de me battre, justement, pour la population martiniquaise qui est en souffrance. Et ça m'a donné l'envie de dénoncer les comportements crapeuleux de certaines personnes qui mettent nos vies en danger. »
Depuis l'annonce de son décès, les réactions se sont multipliées sur les réseaux sociaux et au sein des organisations locales. L'Assaupamar, association qui lutte pour la reconnaissance des conséquences du chlordécone, a salué son courage et son attachement profond à la terre martiniquaise, soulignant qu'« elle est restée fidèle à ses convictions et à son peuple » malgré les pressions et la maladie.
Un engagement au cœur des débats martiniquais
La trajectoire d'Anicia Berton renvoie aux enjeux contemporains de la Martinique : la reconnaissance des dommages environnementaux, la question des réparations liées à l'esclavage, et la quête de vérités sanitaires. Ces combats, souvent menés au long cours et parfois contre des intérêts puissants, prennent dans l'île une dimension à la fois locale et politique. La personnalité d'Anicia incarnait ce trait : une militante visible, souvent seule en première ligne, portant un drapeau et une parole qui interpellent.
- Causes défendues : conséquences de l'exposition aux pesticides (notamment le chlordécone), réparations liées à l'esclavage, justice sociale et environnementale.
- Rôles : présidente de Nasyon Matinik, membre de l'Assaupamar.
- Origine : Sainte-Anne (Martinique).
| Aspect | Détail |
|---|---|
| Surnom | Az fanm Djok |
| Associations | Nasyon Matinik, Assaupamar |
| Combats | Chlordécone, réparations, drapeau martiniquais, justice sociale/environnementale |
Au-delà des hommages, sa disparition relance la nécessité de maintenir l'attention publique et politique sur les problèmes qu'elle mettait en lumière. Les questions sanitaires liées au chlordécone, en particulier, demeurent au centre des préoccupations de nombreuses familles martiniquaises confrontées à des maladies chroniques et à une demande persistante de réponses et de réparation.
Pour la société civile locale, la fin d'un engagement aussi visible pose la question de la transmission : qui portera désormais les combats de terrain, la médiation auprès des institutions et la mobilisation citoyenne dans les territoires ? Les réseaux associatifs et les collectifs devront sans doute conjuguer mémoire, vigilance et renouvellement pour que ces enjeux continuent d'être traités avec la force et la visibilité nécessaires.
Les modalités des obsèques et des cérémonies commémoratives n'ont pas été précisées au moment de la publication de cet article. De nombreux proches et acteurs associatifs devraient se rassembler dans les jours à venir pour rendre hommage à une figure qui, pour beaucoup, restera l'image d'une femme debout, brandissant son drapeau et son refus de l'injustice.
Loïc Capgras, Correspondant en Martinique, InfoRadar.