Un appel d’offres de grande ampleur
Le lancement du dossier dit AO10 marque une nouvelle étape dans le déploiement industriel des énergies éoliennes en mer au large de la Manche. L'appel d'offres prévoit 10 GW de puissance, ce qui correspond à environ 625 éoliennes en mer supplémentaires, selon les éléments communiqués par les opposants au projet. Ces installations viendraient s'ajouter aux quelque 650 machines déjà programmées ou installées le long des côtes normandes et voisines.
Concentration sur une frange littorale sensible
Les associations pointent la concentration géographique majeure du projet : près de 40 % des installations prévues pour AO10 seraient localisées sur 85 km de côtes, entre Étretat et Cayeux. Cette zone borde le rail maritime de la Manche–mer du Nord, l'un des axes maritimes les plus fréquentés au monde par des navires transportant des hydrocarbures, ce qui soulève des questions de sécurité de la navigation et de compatibilité d'usage.
Fécamp 2 au centre du débat
Le projet Fécamp 2 est cité comme l'un des volets les plus controversés : il représenterait 4 GW — une puissance équivalente à huit fois celle de Fécamp 1 — et ferait apparaître une emprise maritime « comparable à huit fois la superficie de Paris », selon les critiques. Sa proximité du rivage, à 22 km, alimente l'inquiétude sur l'impact visuel et économique pour les communes côtières déjà marquées par des installations énergétiques lourdes.
Un coût social et économique dénoncé
Les conséquences avancées par les opposants sont nettes et chiffrées : ils estiment que la filière pêche pourrait perdre 33 800 emplois au niveau national, soulignant qu'à l'échelle locale la création d'emplois liée aux parcs serait « marginale » par rapport aux pertes annoncées. Le secteur de la pêche artisanale, les industries de transformation, le tourisme et l'immobilier côtier sont présentés comme potentiellement fragilisés par une industrialisation accrue du trait de côte.
- Puissance AO10 : 10 GW (≈ 625 éoliennes)
- Machines déjà programmées/installées : ≈ 650
- Part concentrée sur 85 km : 40 %
- Fécamp 2 : 4 GW, à 22 km du rivage
- Emploi menacé (pêche) : 33 800
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Puissance AO10 | 10 GW |
| Éoliennes supplémentaires | ≈ 625 |
| Éoliennes déjà programmées/installées | ≈ 650 |
| Part concentrée sur 85 km | 40 % |
| Impact emploi pêche (estimé) | 33 800 |
Un débat démocratique contesté
Outre les retombées économiques, la contestation porte aussi sur la manière dont la programmation a été mise en œuvre. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a été adoptée par décret en février 2026, sans débat parlementaire selon les critiques. Des voix locales et nationales réclament davantage de concertation, d'études d'impact et une évaluation des risques — notamment en matière de sécurité maritime et de relations entre infrastructures énergétiques et capacités de surveillance.
Pour l'heure, les lauréats de l'appel d'offres AO10 doivent être désignés dans les mois à venir, mais le calendrier prévisionnel reste sujet à confirmation. Les acteurs locaux — collectivités, professionnels de la mer, associations environnementales — sont appelés à peser sur les modalités d'implantation et les mesures compensatoires, si les projets sont poursuivis.
La question qui se pose pour la Seine-Maritime est double : comment concilier objectif de transition énergétique et préservation des activités et des paysages littoraux ? Et quelle place donner aux habitants et aux acteurs économiques locaux dans un processus perçu par certains comme déjà largement engagé à l'échelle nationale et européenne ?