Un échange foncier à l’origine d’un aménagement controversé
La municipalité des Anglès a autorisé l’échange de plus de 34 hectares de forêts communales contre 6 hectares de terrains appartenant à l’État, situés entre le Roc d'Aude et le mont Llaret. Cet échange a facilité la construction, au sommet du Roc d'Aude, d'une retenue collinaire d'un volume de 113 000 m³, destinée à alimenter l’enneigement artificiel du domaine.
Des milieux naturels déjà fragilisés
Sur le terrain, le chantier est pointé du doigt pour la destruction de pelouses alpines, de zones humides et de tourbières d'altitude — habitats particulièrement sensibles et difficiles à reconstituer. Ces secteurs constituent aussi une partie de l'aire d'habitat du grand tétras, espèce officiellement protégée depuis septembre 2026, dont la présence accentue la portée patrimoniale des lieux concernés.
Une ressource en eau sous tension
Les Angles recourent déjà massivement à la production de neige artificielle : deux tiers du domaine skiable, soit 57,4 hectares, sont équipés. La commune dispose de deux installations de production alimentées par deux retenues préexistantes de 13 000 m³ et 45 000 m³.
La nouvelle retenue de 113 000 m³ doit être remplie, d'après les observations, par pompage sur des réseaux d’eau potable, et non par ruissellement naturel. Cette méthode d’alimentation inquiète au regard de la conjoncture : le secteur a connu trois années consécutives de sécheresse et les ressources hydriques locales sont déjà contraintes.
Enjeux locaux et points de tension
- Biodiversité : destruction de milieux rares et impact sur l'habitat du grand tétras.
- Eau potable : pompage sur réseaux susceptibles d'accentuer la raréfaction en période sèche.
- Paysage et tourisme : transformation durable des alpages et des zones humides en infrastructure artificielle.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Surface forestière échangée | 34 hectares+ |
| Surface État reçue | 6 hectares |
| Volume nouvelle retenue | 113 000 m³ |
| Volumes retenues existantes | 13 000 m³ et 45 000 m³ |
| Surface enneigée artificiellement | 57,4 hectares |
Réactions et perspectives
Des voix locales et nationales dénoncent le projet comme un exemple d'acharnement à maintenir une pratique récréative remise en cause par le changement climatique. Selon ces observateurs, construire et alimenter de telles infrastructures « quoi qu'il en coûte » est contradictoire avec la préservation des milieux et la gestion prudente de l’eau.
Sur le plan administratif, l’échange foncier et l’autorisation de travaux relèvent de décisions communales et d'accords avec l’État : la contestation porte donc autant sur la procédure que sur l'impact concret. Les opposants insistent sur la nécessité d'évaluer l’alimentation en eau envisagée et d’explorer des alternatives moins consommatrices et moins dégradantes pour les habitats d'altitude.
Concrètement, pour les habitants et usagers du territoire, les questions restent ouvertes : quelles garanties pour l'approvisionnement en eau potable en année sèche ? quelles compensations ou mesures de restauration pour les milieux détruits ? et quels calendriers pour d'éventuels contrôles ou recours ?
À l’heure où les collectivités cherchent à concilier développement touristique et transition écologique, ce dossier illustre les arbitrages difficiles auxquels sont confrontées les communes de montagne. Les prochaines étapes administratives et juridiques détermineront si la retenue pourra fonctionner comme prévu, et quelles mesures seront imposées pour limiter ses dégâts.