Un outil renforcé au bord de la Semois
Aux Hautes-Rivières, à deux pas de la frontière belge, la forge centenaire Colin Milas vient de mettre en service un nouveau site de production, situé à quelques rues du siège et de l'usine historique. L’entreprise, fondée en 1880 et reconnue pour ses anneaux de levage, s’installe sur une friche réhabilitée en rive de Semois. Le projet, porté par un investissement de 2,5 millions d’euros avec l’appui de la région Grand Est, conjugue modernisation industrielle et requalification d’un site délaissé.
Sur place, les équipes ont d’abord sécurisé le terrain : le niveau du sol a été rehaussé pour prévenir les risques d’inondation, avant l’aménagement d’un bâtiment de 4 500 m². L’entreprise y a regroupé de nouveaux ateliers, pensés pour augmenter la souplesse de fabrication et absorber des séries variées, du standard à la pièce spécifique.
Des ateliers outillés pour des marchés exigeants
Le directeur général, Jean‑Luc Pigeot, qui a repris l’entreprise en 2013, a poursuivi la stratégie de diversification engagée depuis plusieurs années. Outre les anneaux, l’usine produit désormais des composants liés à la sécurité : émerillons, crochets d’arrimage, anneaux de remorquage, destinés notamment au ferroviaire et à la défense, ainsi qu’à des marchés de niche comme l’escalade.
« Nous avons installé plusieurs ateliers avec un gros marteau pilon ainsi que des machines pour la tôlerie et l'usinage »
Cette montée en capacité doit permettre de gagner en réactivité sur les séries courtes et les références techniques, tout en rapprochant des opérations complémentaires sur un même site, du forgeage à certaines phases de finition.
Une friche transformée en actif productif
Au-delà de l’appareil de production, le projet répond à un enjeu territorial : redonner vie à un foncier industriel en l’inscrivant dans un tissu économique local déjà structuré par la métallurgie. Le choix d’un terrain en bord de Semois a imposé des précautions : relever les plateformes et adapter le bâti pour tenir compte des crues. Ces aménagements, aujourd’hui effectifs, s’ajoutent à la remise aux normes du site.
Les retombées attendues se mesurent d’abord en termes de continuité d’activité et de sécurisation des flux. Pour les riverains, la remise en service de cette emprise limite la dégradation d’une friche et concentre l’activité en zone déjà industrialisée. La proximité du site historique facilite par ailleurs la circulation des équipes et des pièces entre ateliers, sans multiplier les trajets.
Un savoir‑faire local qui s’adapte
La trajectoire de Colin Milas illustre une mutation plus large du secteur ardennais : préserver la compétence de forge tout en ciblant des segments où la fiabilité et la traçabilité sont déterminantes. La présence d’un marteau pilon de forte capacité, adossée à des unités de tôlerie et d’usinage, traduit cette volonté d’intégrer davantage de valeur sur place, pour des débouchés sensibles aux délais et à la qualité.
Dans les ateliers, les pièces destinées au ferroviaire ou à la défense imposent des procédés maîtrisés et des contrôles rigoureux. La nouvelle configuration, en regroupant les étapes clés, doit contribuer à stabiliser la production et à répondre avec plus d’aisance aux cahiers des charges.
En un clin d’œil
| Localisation | Hautes‑Rivières (Ardennes), en bord de Semois |
|---|---|
| Investissement | 2,5 M€, avec soutien de la région Grand Est |
| Surface aménagée | 4 500 m² |
| Spécialités | Anneaux de levage, émerillons, crochets d’arrimage, anneaux de remorquage |
| Marchés | Ferroviaire, défense, niches (escalade) |
| Équipements | Marteau pilon, tôlerie, usinage |
Repères et perspectives
- Entreprise fondée en 1880, reprise en 2013 par Jean‑Luc Pigeot.
- Nouveau site à quelques rues de l’usine principale, pour fluidifier la production.
- Une friche recyclée en pôle d’ateliers, avec dispositifs anti‑inondation.
Pour les habitants, ce chantier se voit et s’entend : le souffle des machines a repris là où les murs s’étaient assoupis. Dans une vallée où l’industrie a façonné les familles et les paysages, cette mise en route signifie la volonté de rester à la hauteur des marchés qui comptent, sans renier une culture du geste. La forge avance sans tapage, avec la patience des ateliers qui roulent à l’ordinaire, pièce après pièce.