Un départ qui pèse sur la justice locale
Après cinq années à la tête du parquet de Bobigny, Éric Mathais quitte la Seine-Saint-Denis pour devenir procureur général près la cour d'appel de Montpellier, par décret du 6 mai 2026. Son passage, d’août 2021 à juillet 2026, aura coïncidé avec une accélération inédite de l’activité judiciaire dans l’un des ressorts les plus sollicités du pays.
Des années « qui comptent double ».
Cette formule, qu’il a employée selon la presse, résume la tension continue vécue par les équipes du parquet dans un département confronté à des contentieux lourds.
Explosion des affaires, moyens constants
Entre 2019 et 2025, le volume de plaintes et procès-verbaux traités à Bobigny a bondi de 80 %, passant de 178 000 à 326 000 dossiers, selon la Cour d’appel de Paris. Dans le même temps, les effectifs du parquet sont restés pratiquement stables, autour de 57–58 magistrats en 2026. Ce décalage structurel, au cœur des alertes répétées, a contribué à saturer une juridiction déjà sous contrainte.
| Indicateur | Période | Valeur |
|---|---|---|
| Plantes & PV | 2019 → 2025 | 178 000 → 326 000 (+80 %) |
| Magistrats au parquet | 2021 → 2026 | 57–58 (stable) |
| Sommes recouvrées | 2021 → 2025 | 20 M€ → 87 M€ (x4) |
Malgré la contrainte de moyens, les sommes recouvrées par le parquet ont été multipliées par quatre, de 20 M€ en 2021 à 87 M€ en 2025, signe d’une capacité à tenir le front financier des procédures.
Des contentieux violents et un tri assumé
Le ressort balbynien a continué d’affronter des dossiers complexes : trafic de stupéfiants, violences urbaines, délinquance organisée. En 2024, 42 % des homicides en Seine-Saint-Denis étaient imputés au narcotrafic, d’après la Cour d’appel de Paris. Pour desserrer l’étau, Éric Mathais a pris, le 15 juin dernier, une mesure exceptionnelle : la suspension temporaire des enquêtes préliminaires non prioritaires. Une décision rare, révélatrice de l’état de saturation.
Ce que cela change pour Bobigny
Le changement à la tête du parquet intervient alors que la juridiction demeure sous tension. Les habitants comme les acteurs de terrain devront composer avec une phase de transition, dans l’attente d’une stabilisation de la stratégie pénale et d’éventuels renforts. Les enjeux immédiats :
- Préserver la priorisation des affaires les plus graves, notamment liées aux stupéfiants.
- Maintenir la capacité d’audience face à un stock de dossiers en hausse.
- Assurer la continuité des politiques de recouvrement et d’exécution des peines.
Une juridiction au pied du mur
Le départ d’Éric Mathais ouvre une période charnière. Les chiffres l’attestent : l’activité a changé d’échelle, quand les ressources, elles, ont peu bougé. À Bobigny, où la chaîne pénale est soumise à un flux continu, la question demeure entière : comment tenir dans la durée avec des moyens constants et des contentieux plus violents ? La réponse conditionnera la qualité de la justice rendue aux habitants et la capacité du parquet à préserver les priorités fixées ces dernières semaines.