Un objectif national, un virage local
Fixé par la ministre de la Santé, l’objectif de zéro contention d’ici 2030 s’invite au cœur des pratiques du pôle de psychiatrie-addictologie du CHRU de Tours. Sur le terrain, l’établissement affiche une tendance nette au recul de l’immobilisation mécanique des patients, même si le recours à l’isolement demeure plus fréquent qu’ailleurs.
Isolement et contention : des gestes de sûreté, encadrés
Les équipes rappellent la différence entre les deux mesures. L’isolement consiste à placer un patient dans une chambre sécurisée lorsque existe un risque de danger pour lui-même ou pour autrui. La contention, plus rare, immobilise temporairement un patient lorsque toute autre intervention est impossible face à une violence aiguë empêchant l’administration d’un traitement. Le Nouvel Hôpital psychiatrique de Tours dispose de huit chambres d’isolement (avec douche, WC et horloge murale) et un examen médical y est réalisé toutes les 12 heures.
« Ce ne sont pas des mesures de soin mais de sûreté »
Des chiffres en baisse pour la contention
Le CHRU documente un reflux continu de la contention. En 2024, 48 patients ont été concernés, contre 58 en 2023 et 75 en 2022. Rapporté aux séjours, le taux passe de 5,4 % en 2022 à 3,2 % en 2024. Une dynamique jugée « encourageante » par le service, convaincu qu’un cap vers le zéro contention est atteignable à Tours si l’effort se poursuit.
| Année | Patients sous contention | Taux de séjours avec contention | Personnes mises à l’isolement |
|---|---|---|---|
| 2022 | 75 | 5,4 % | — |
| 2023 | 58 | — | 194 |
| 2024 | 48 | 3,2 % | 182 |
Isolement : un niveau au-dessus des moyennes
À l’inverse, l’isolement reste plus fréquent à Tours que dans le reste du pays. En 2023, il représente 3 % des journées d’hospitalisation, au-dessus des moyennes régionale (1 %) et nationale (1,60 %). L’établissement indique toutefois une orientation à la baisse du nombre de personnes concernées, de 194 en 2023 à 182 en 2024.
Entre ambition éthique et réalités de terrain
Si les équipes partagent l’horizon du « zéro contention », la marche apparaît plus haute pour l’isolement, qualifié d’« ambitieux » à supprimer. Le facteur ressources humaines pèse lourd : quand les soignants manquent et que les pathologies arrivent en phase aiguë, l’isolement peut rester le dernier filet de sécurité. Les services annoncent une priorité donnée à la réduction de ces pratiques, portée aussi par la demande des patients.
Ce que l’on sait à Tours
- Le recours à la contention recule nettement depuis 2022.
- L’isolement reste plus fréquent qu’aux niveaux régional et national, mais le nombre de personnes concernées diminue.
- Des chambres dédiées (huit) et une surveillance médicale biquotidienne encadrent ces mesures.
La « grande cause » de la santé mentale remet ainsi les pratiques sous le projecteur. À Tours, la trajectoire de baisse de la contention montre que des marges de manœuvre existent. Reste à transformer l’essai sur l’isolement, sans fragiliser la sécurité des patients et des soignants.