Un projet quinquagénaire stoppé net
Le contournement est de Rouen, ce barreau autoroutier payant imaginé il y a plus de 50 ans pour relier l’A28 au nord à l’A13 au sud, ne verra pas le jour. Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, a annoncé sur ICI Normandie qu’il ne sollicitera pas, l’an prochain, la reconduction de la déclaration d’utilité publique (DUP). Sans ce sésame juridique, le projet d’environ une quarantaine de kilomètres est considéré comme abandonné.
Cette décision intervient alors que, faute de rocade à l’est, une part importante du trafic continue d’emprunter le tunnel de la Grand’Mare et la N28 en direction du centre de Rouen. L’abandon acte un changement d’orientation des politiques de mobilité sur le bassin rouennais.
Un basculement acté vers le ferroviaire
Le projet avait connu une série de revers politiques. Après son élection en 2020, le maire de Rouen et président de la Métropole, Nicolas Mayer-Rossignol, avait retiré son soutien. La Région Normandie s’est ensuite désengagée financièrement, privilégiant des investissements dans le ferroviaire. La ligne est désormais claire : redéployer l’effort public vers le train plutôt que la route.
Certains partisans de la rocade n’ont pas été surpris par l’issue.
« C’est tout sauf une surprise »commente Jean‑Baptiste Gastinne, vice‑président de la Région en charge des Transports, qui constate l’absence de consensus et indique la volonté régionale de concentrer l’action sur les projets ferroviaires.
Colère patronale, satisfaction chez les opposants
Dans les milieux économiques, la pilule passe mal. La Chambre de commerce et d’industrie de Normandie, favorable de longue date à l’infrastructure, voit s’éloigner une solution attendue pour fluidifier les liaisons logistiques. Son président, Vincent Laudat, résume sa réaction par un
« Les bras m’en tombent ». Pour les entreprises qui misent sur la rapidité des flux entre les grands axes, l’abandon nourrit l’inquiétude d’un engorgement durable.
À l’inverse, la décision conforte celles et ceux qui ont combattu la rocade à l’est, sensibles aux enjeux d’artificialisation et d’émissions. Si leurs arguments ne sont pas détaillés ici, le renoncement marque de facto un tournant pour les politiques locales de mobilité et d’environnement.
Trafic urbain : des conséquences immédiates
À court terme, l’absence de nouvel itinéraire reporte la pression sur les pénétrantes existantes et le réseau urbain. Les flux nord–sud, en l’état, continueront de converger vers les points sensibles identifiés : Grand’Mare, N28 et axes menant au centre. La question du report modal devient centrale : la Région annonçant « se concentrer » sur le rail, l’efficacité de cette stratégie dépendra de la capacité à capter une part des trajets domicile‑travail et des liaisons interurbaines par le train.
- Sans DUP renouvelée, le chantier ne peut être lancé : le cadre légal s’éteint.
- Le choix régional en faveur du ferroviaire s’impose comme alternative structurante.
- Les pôles économiques redoutent un statu quo sur la congestion des entrées de ville.
Ce que change l’arrêt du projet
L’abandon clôt un cycle d’études, de concertations et de débats, et évite la mise en concession d’un axe payant. Il rebat les cartes pour les investissements publics : priorisation des gares, de l’offre et de la fiabilité ferroviaire, et, à l’échelle métropolitaine, nécessité d’optimiser la gestion du trafic, la sécurité routière et les alternatives à la voiture individuelle. Pour les habitants de l’agglomération rouennaise comme pour les acteurs économiques, l’enjeu est désormais de suivre, dans la durée, les résultats des réorientations annoncées.
Repères sur le contournement est
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nature | Barreau autoroutier payant |
| Longueur | Environ une quarantaine de kilomètres |
| Liaisons | Relier l’A28 (nord) à l’A13 (sud) |
| Objectif initial | Désengorger le centre de Rouen |
| Statut | DUP non reconduite annoncée ; projet abandonné |
Pour l’heure, la feuille de route est claire : pas de rocade à l’est, et un recentrage sur le train. Reste à préciser, dans les prochains mois, les calendriers et financements des alternatives promises, sujet qui conditionnera la fluidité des déplacements entre Seine-Maritime et Eure.