Une station historique défaite, mais pas à la va‑vite
Perchée entre 1 500 et 2 000 mètres, la station de la Céüse, première station civile des Hautes‑Alpes créée en 1938, a été démontée « dans les règles de l'art ». Officiellement reprise par la communauté de communes Buech Dévoluy (CCBD) en 2015, elle comptait jusque‑là 25 pistes et 8 téléskis et occupait une place affective forte pour les habitants. Mais des hivers sans neige et l'impossibilité de relancer un projet viable ont conduit les élus à tirer un trait sur ce chapitre du tourisme hivernal.
« Certes, les habitants sont tristes de sa disparition, mais il n'y a eu ni levée de bouclier, ni ressassement »,
a rappelé Olivier Moënard, directeur général des services de la CCBD, lors de la présentation du chantier de démontage. L'objectif affiché par les élus : éviter toute dérive vers une station fantôme et opérer une remise en état favorable à la nature.
Un démontage pensé pour la biodiversité
Plutôt que d'enlever à la hâte les pylônes et canons, la communauté de communes a bâti un cahier des charges précis, co‑construit avec des spécialistes. L'association Mountain Wilderness, le Conservatoire botanique alpin et le réseau Natura 2000 ont été associés au diagnostic faune‑flore et à la définition des mesures de protection. Le but : limiter l'impact sur des espèces locales sensibles.
- Espèces citées comme présentes sur site : panicaut épine‑blanche, genêt radié, plusieurs papillons associés à la gentiane croisette.
- Intervention progressive pour maîtriser les perturbations des sols et des habitats.
- Concertation locale et validation des autorisations avec les services de l'État.
Pourquoi fermer plutôt que remplacer ?
Plusieurs éléments ont fait pencher la balance : des saisons d'enneigement de plus en plus incertaines, un projet de neige de culture abandonné, et l'absence de candidats pour une délégation de service public. La CCBD a donc acté la fermeture dès fin 2020, puis lancé le démontage fin 2025 afin d'ouvrir le site à un tourisme des quatre saisons compatible avec la conservation du milieu.
| Élément | Données |
|---|---|
| Création | 1938 |
| Altitude | 1 500 – 2 000 m |
| Pistes / Téléskis | 25 pistes, 8 téléskis |
| Prise en charge CCBD | 2015 |
| Décision de fermeture | fin 2020 |
| Démontage commencé | fin 2025 |
Conséquences locales et perspectives
Le démontage ouvre un chantier de reconversion du site. À court terme, il faut gérer les traces matérielles et rétablir les continuités écologiques. À moyen terme, la collectivité ambitionne de laisser la place à des pratiques de tourisme plus durables et adaptées au climat : randonnées, accueil naturaliste, activités estivales à faible empreinte. Pour les habitants, c'est une page qui se ferme mais aussi la fin d'un risque de dévitalisation lié à une infrastructure devenue économiquement intenable.
Sur le terrain, le mot d'ordre est clair : remettre la montagne à la montagne, doucement, en évitant l'effet d'aubaine ou la précipitation. La démarche vise à servir d'exemple — un démontage « vertueux » plutôt qu'une opération punitive. Le débat sur l'avenir des stations de moyenne altitude se poursuit désormais au‑delà du Dévoluy, comme un signal d'alarme pour les territoires de montagne confrontés aux mêmes dilemmes.