Redéfinir l'utilité des robots à l'heure du climat
La robotique, longtemps jugée sur la seule base de la performance, est invitée à changer d'ambition. Dans un texte publié dans Nature Machine Intelligence, trois chercheurs — dont le professeur Seokheun Song du DGIST (Corée du Sud) — proposent de fonder un nouveau champ, la « robotique durable », qui évalue les machines non seulement par leurs capacités techniques mais aussi par leur apport à la durabilité environnementale, sociale et économique.
Les auteurs partent d'un constat simple : la progression rapide des technologies robotiques se déroule en parallèle d'une aggravation des crises écologiques. Leur ambition dépasse la robotique « verte » qui vise principalement à réduire l'empreinte matérielle des machines (matériaux biodégradables, consommation énergétique moindre, recyclabilité). Ils plaident pour faire des robots des « acteurs directs » des réponses aux défis environnementaux : surveillance des écosystèmes, restauration de la biodiversité, secours après catastrophes, maintien des infrastructures et applications en santé.
« leur contribution réelle à la durabilité environnementale, sociale et économique »
Trois principes pour concevoir les robots de demain
Pour transformer la vision en pratique, le manifeste définit trois principes structurants. Ces principes visent à limiter les effets indésirables des machines tout en ouvrant leur accès et leur coopération avec les sociétés et les milieux naturels.
- Impact minimal (peu invasif) : concevoir des systèmes qui réduisent au maximum leurs incidences sur les écosystèmes et les communautés.
- Accessibilité universelle : permettre le déploiement des robots là où ils sont utiles, sans que le niveau de revenu ou la localisation géographique ne soient des obstacles.
- Symbiose : favoriser des interactions complémentaires entre robots, humains et milieux, plutôt que des remplacements unilatéraux.
| Principe | Objectif |
|---|---|
| Impact minimal | Limiter perturbations écologiques et sociales |
| Accessibilité | Démocratiser l'usage en divers lieux et contextes |
| Symbiose | Intégrer robots et acteurs vivants de façon complémentaire |
Conséquences pour la recherche et l'industrie
Le texte ne se contente pas d'un appel théorique : il vise à orienter la communauté scientifique et les décideurs vers des critères d'évaluation nouveaux. Mesurer la « durabilité » d'un robot implique des méthodes d'évaluation multidimensionnelles, et potentiellement des compromis entre efficacité technique et bénéfices sociétaux ou écologiques. Pour les entreprises, cela signifiera peut‑être repenser la chaîne d'innovation, du choix des matériaux aux modèles économiques et à la responsabilité sociale.
Enfin, l'ambition d'une robotique qui aide à préserver la nature soulève des questions pratiques et éthiques : comment déployer ces machines sans créer de dépendances technologiques ou aggraver des inégalités ? Comment garantir que des robots conçus pour restaurer des écosystèmes respectent réellement leur fragilité ? Le manifeste ouvre le débat mais laisse aux communautés scientifiques, aux industriels et aux régulateurs le soin d'en préciser les modalités.
Si l'idée trouve un écho, elle pourrait redessiner les priorités de la robotique : moins de course à la performance pure, plus d'efforts pour aligner innovation et intérêt commun, sur fond d'urgence planétaire.