Quand des entrepreneurs inventent une réponse à la pénurie hospitalière
À Zurich, au début des années 1930, c’est moins l’architecte que l’entrepreneur qui se trouve au cœur d’une solution sanitaire. Heinrich Hatt‑Haller, riche industriel dont la formation initiale est celle de maçon, prend l’initiative de créer la clinique Hirslanden en fondant la Hirslanden AG. L’établissement, inauguré le 1er mai 1932, compte 130 lits et illustre une logique reproduite ailleurs : quand l’État ne suffit pas, le privé construit.
« La situation précaire des hôpitaux à Zurich fait déjà parler d'elle au niveau fédéral depuis des années »
La particularité de ce projet est organisationnelle : Hirslanden ne s’inscrit pas dans un modèle d’employeurs‑soignants traditionnels. Le principe des médecins agréés veut que les soins soient assurés par des praticiens libéraux et non par des médecins salariés de l’établissement. La clinique fournit l’infrastructure, les locaux et le personnel soignant ; les médecins, eux, conservent leur indépendance professionnelle.
Une entreprise familiale devenue acteur du bâtiment hospitalier
La société AG Heinr. Hatt‑Haller, née de cette aventure, joue un rôle majeur dans la construction hospitalière helvétique de l’après‑guerre : face à la croissance démographique et économique, Zurich construit de nouveaux hôpitaux municipaux, notamment le Waidspital (1953) et le Triemli (inauguration en 1972), pour répondre à une pénurie de lits. Les équipes de Hatt‑Haller interviennent souvent sur ces chantiers.
Le lien avec aujourd’hui se fait par la continuité d’acteurs du bâtiment. La maison d’origine évolue et, dans les années 2000, sa lignée industrielle aboutit à Implenia, qui réalise entre 2005 et 2009 le « Gartentrakt », une aile dédiée aux soins de la clinique Hirslanden.
Ce que raconte cette histoire pour l’avenir des soins
Trois enseignements ressortent de ce récit centenaire. D’abord, la construction hospitalière est autant un enjeu de politique publique que d’initiative privée : lorsque les besoins dépassent la capacité publique, le secteur privé peut combler l’écart, mais selon des modèles organisationnels qui influent sur la gouvernance des soins. Ensuite, l’évolution des acteurs — de l’artisan‑entrepreneur au grand groupe de construction — modifie les échelles et les méthodes des chantiers hospitaliers. Enfin, la question des modèles de financement et du statut des praticiens demeure décisive pour la conception des établissements.
- 1930–1932 : construction de la clinique Hirslanden (130 lits).
- 1953–1972 : essor hospitalier municipal (Waidspital, Triemli).
- 2005–2009 : Implenia réalise le nouveau « Gartentrakt » de Hirslanden.
| Projet | Année | Caractéristique |
|---|---|---|
| Clinique Hirslanden | 1932 | 130 lits, principe des médecins libéraux |
| Waidspital | 1953 | Hôpital municipal |
| Triemli | 1972 | Hôpital municipal |
| Gartentrakt (Hirslanden) | 2005–2009 | Extension signée Implenia |
Ce panorama helvétique est précieux pour le débat français : il montre que la tenue des réseaux hospitaliers dépend autant de choix de conception (médecins salariés ou libéraux, statut des infrastructures) que de capacités de construction et de financement. À l’heure où les besoins en soins évoluent — vieillissement, technologies, attentes de prise en charge —, l’histoire de Hirslanden et des entreprises qui l’ont bâtie offre des points de comparaison utiles pour penser comment construire, moderniser et organiser nos hôpitaux.