Un bilan humain et économique lourd pour les exploitations
La Haute‑Marne fait face, depuis le début de l'année, à une série d'attaques de loups qui met à mal l'activité d'éleveurs déjà fragilisés. Selon la FDSEA départementale, près d'une centaine d'attaques ont été recensées depuis le 1er janvier 2026, causant près de 500 victimes parmi le cheptel bovin et ovin.
« La situation des éleveurs est dramatique et invivable à cause des attaques incessantes de loups dans notre département »,
témoigne Samuel Guenin, chargé du dossier « loup » à la FDSEA de la Haute‑Marne. Les derniers faits rapportés sont parlants : deux génisses de race montbéliarde, pesant chacune 350 kg, ont été retrouvées mortes, quelques jours après la disparition de deux broutards de poids comparable.
Des protections insuffisantes et des indemnisations incomplètes
Plusieurs éleveurs ont investi dans des clôtures et d'autres moyens de protection, mais celles‑ci ne constituent pas toujours un barrage efficace contre le passage des prédateurs. Le syndicat agricole dénonce aussi un recul de l'engagement financier public : au‑delà de « trois attaques », lorsque des moyens de protection ne sont pas constatés, la réglementation limite les remboursements, selon la FDSEA. Certains éleveurs ayant pris des précautions restent néanmoins privés d'indemnisation après des attaques avérées.
La réponse de l'État et les mesures locales
Les services de l'État ont multiplié des interventions : en 2025, 300 sorties de louvetiers ont été réalisées auprès des troupeaux. Au printemps 2026, la brigade d'intervention mobile a procédé à un prélèvement d'un loup en avril. Malgré cela, l'intensité et la fréquence des attaques ne semblent pas diminuer.
Pour alléger la charge de l'administration, l'État propose d'assouplir les conditions de tirs de défense, ouvrant la possibilité de dispositifs dits de « tirs déclaratifs ». Une vingtaine d'exploitants ont suivi une formation pour pouvoir, si nécessaire, recourir à ces tirs. Le syndicat estime cependant que cette option transfère une partie du fardeau opérationnel sur les éleveurs eux‑mêmes.
Conséquences structurelles pour l'élevage haut‑marnais
Le retour du loup pèse sur la filière ovine du département : aucune nouvelle installation d'éleveur ovin n'a été enregistrée en 2025 et le cheptel a fondu. Le département a perdu 2 000 brebis sur un total précédemment recensé de 42 000 têtes, un recul préoccupant pour la pérennité des exploitations et pour l'attractivité du territoire.
- Attaques depuis le 1er janvier 2026 : ~100
- Victimes (bovins + ovins) : ~500
- Sorties de louvetiers en 2025 : 300
- Prélèvement réalisé : 1 loup (avril 2026)
- Exploitants formés pour tirs déclaratifs : ~20
- Baisse du cheptel ovin : -2 000 brebis (sur 42 000)
Ce que cela change sur le terrain
Sur le terrain, la combinaison de pertes animales, de coûts pour renforcer les protections et de règles d'indemnisation perçues comme restrictives accroît la pression sur des exploitations souvent familiales. Pour certains, le recul de l'élevage ovin traduit un choix de renoncer à une activité devenue trop risquée. Pour d'autres, l'option de se former aux tirs de défense soulève des questions éthiques, pratiques et de responsabilité.
| Élément | Chiffres |
|---|---|
| Attaques depuis 01/01/2026 | ~100 |
| Victimes recensées | ~500 têtes |
| Sorties louvetiers (2025) | 300 |
| Prélèvement | 1 loup (avril 2026) |
| Éleveurs formés tirs | ~20 |
| Perte de brebis | 2 000 (sur 42 000) |
À court et moyen terme, la Haute‑Marne est confrontée à un dilemme : renforcer la protection des troupeaux et maintenir les aides publiques, ou voir se poursuivre le déclin de certaines filières et la désertification progressive de zones pastorales. Les prochaines décisions des pouvoirs publics et l'efficacité des mesures locales seront déterminantes pour l'avenir des élevages du département.