Un marché du neuf à l'agonie dans les Bouches-du-Rhône
Réunis à Marseille, les acteurs de l'immobilier de la région ont affiché une préoccupation manifeste : les mises en vente de logements neufs dans le département sont désormais passées sous la barre des 1 000 unités, soit environ trois fois moins qu'en 2022. Ce tassement massif de l'offre vendue au détail pèse sur l'ensemble du marché local.
Si les chiffres globaux peuvent sembler moins mauvais grâce aux ventes en bloc — qui représentent aujourd'hui 48 % des réservations et expliquent une progression apparente de 12 % des réservations globales —, c'est un trompe-l'œil : les ventes destinées aux particuliers ont chuté de 32 %. Autrement dit, le particulier qui cherche à acheter un logement neuf se heurte à une offre réduite et à des prix qui restent hors de portée.
- Offre neuve : < 1 000 mises en vente dans le département
- Ventes au détail : -32 %
- Ventes en bloc : 48 % du total
Conséquence directe : les prix se maintiennent à un niveau élevé. L'Observatoire relève un prix moyen dans les Bouches-du-Rhône de 5 313 €/m², avec des contrastes nets selon les territoires : 5 378 €/m² à Marseille, 6 440 €/m² à Aix-en-Provence, contre 3 668 €/m² en Ouest-Provence.
| Zone | Prix moyen (€/m²) |
|---|---|
| Bouches-du-Rhône (moyenne) | 5 313 |
| Marseille | 5 378 |
| Aix-en-Provence | 6 440 |
| Ouest-Provence | 3 668 |
Sur le terrain, ce déséquilibre alimente deux maux : une offre locative privée qui s'asphyxie et une demande de logement social qui bat tous les records. L'Observatoire alerte sur une crise du logement dans le département qualifiée de l'une des plus graves depuis les années 1950.
« Les carnets de commande sont très courts, les marges sont très faibles, les ventes de logement »
La phrase rapportée en marge de la réunion, prononcée par Cyril Sauvat, le nouveau président de l'Observatoire Immobilier de Provence, illustre la fragilité du secteur : constructeurs et promoteurs voient leurs capacités d'action réduites, ce qui entretient la pénurie.
Face à cette situation, l'Observatoire ne se contente pas d'alerter : il monte au créneau et formule des propositions pour débloquer la situation et permettre un logement digne pour les Bucco-Rhodaniens. Le communiqué ne détaille pas l'ensemble des mesures proposées, mais souligne l'urgence d'intervenir pour restaurer l'offre destinée aux ménages et freiner la surenchère des prix.
Pour Marseille et sa métropole, les conséquences sont tangibles : accès au logement plus difficile pour les primo-accédants, pression accrue sur le parc social, et renchérissement des quartiers populaires où la mobilité résidentielle se réduit. La faiblesse actuelle des marges et le recours massif aux ventes en bloc transforment la nature du marché, avec un risque d'exclusion pour de nombreux habitants.
Dans les semaines à venir, les regards seront tournés vers les décideurs publics et les bailleurs sociaux pour savoir quelles mesures seront retenues et comment les territoires marseillais pourront atténuer cette crise, qui touche au cœur des conditions de vie.