Rassemblement massif et sirènes devant l’Hôtel de Région
Ce jeudi matin, le Boulevard des Dames a vibré au rythme des « pin‑pon » : près de 300 véhicules d’ambulances ont convergé vers l’Hôtel de Région à Marseille, formant un barrage roulant destiné à interpeller les pouvoirs publics. Organisée par l’inter‑fédération des entreprises de transport sanitaire, la mobilisation visait à dénoncer un contexte économique devenu intenable pour la profession.
Sur place, la scène frappait par son contraste : des véhicules aux couleurs diverses alignés au pas, des équipes aux visages fermés et des usagers médusés par l’embouteillage. Plusieurs représentants locaux ont pris la parole pour expliquer pourquoi, selon eux, le système risque de lâcher.
"Nos tarifs sont trop bas pour assurer toutes les charges. Tout augmente, sauf nos tarifs, gelés depuis 2018."
Les chiffres avancés par les manifestants donnent une idée de l’ampleur de la crise : depuis 2013, les coûts d’exploitation auraient augmenté de 40% tandis que les montants facturés aux patients ont progressé de seulement 10%. Le résultat ? Une rentabilité évoquée à 2 à 5% pour les entreprises survivantes, et selon les ambulanciers, près des trois quarts des sociétés en déficit.
Des conséquences locales concrètes
Pour les ambulanciers, la pression financière se traduit par des journées plus longues, des rémunérations serrées et des fermetures d’entreprises. « Deux entreprises ferment chaque semaine », alertent-ils. Sur le terrain, cela signifie moins de relais dans les zones rurales et périurbaines, des délais potentiellement allongés pour des transports programmés et une fragilisation d’un maillon de la chaîne de soins qui reste très présent sur l’ensemble du territoire.
- Revendication principale : revalorisation des tarifs.
- Problème structurel : hausse des coûts non compensée depuis 2018.
- Risques : fermetures d’entreprises, diminution de l’offre de proximité.
| Indicateur | Valeur avancée par les ambulanciers |
|---|---|
| Véhicules mobilisés | 300 |
| Augmentation des coûts depuis 2013 | +40% |
| Hausse des tarifs facturés | +10% |
| Profitabilité moyenne | 2–5% |
| Entreprises fermant chaque semaine (selon eux) | 2 |
Des témoignages qui dressent un tableau humain
Parmi les intervenants, Virginie Allegre, chef d’entreprise et ambulancière dans le Vaucluse, a insisté sur l’écart entre coûts et recettes et sur la nécessité d’une reconnaissance tangible du métier. Un régulateur de Manosque, Tony Bondil, a décrit la fatigue des équipes et le recours à des heures supplémentaires pour maintenir le service. Anthony Abihssira, représentant départemental, a alerté sur l’effet domino : « si rien n’est fait, toute la profession va s’effondrer », résume‑t‑il.
Les ambulanciers privés soulignent aussi leur rôle de dernier service de proximité encore présent dans certains territoires. Leur message aux autorités est clair : il ne s’agit pas seulement d’une demande financière, mais d’une préservation d’un maillon essentiel du système de santé local.
Contactée, l’administration n’avait pas publié de réponse immédiate dans le cadre du rassemblement. Les professionnels réclament désormais des audiences au ministère et des mesures urgentes pour éviter une hémorragie qui, selon eux, touche d’ores et déjà « la plupart » des opérateurs.
Dans les rues de Marseille, alors que les sirènes se dissipent, reste l’inquiétude : si la situation perdure, les Bouches‑du‑Rhône pourraient voir se réduire un service vital pour les patients dépendants d’un transport médicalisé.