Un regard d'enfant devenu fenêtre sur la Belle Époque
Le Parvis, centre d'art contemporain de Pau, propose cet été une exposition consacrée à Jacques Henri Lartigue, centrée sur ses photographies de jeunesse. Conçue et montée par Marc Bélit, la présentation s'articule en séquences thématiques — vie quotidienne, femmes, sport, plage — et montre combien, dès ses premières années, l'œil du jeune photographe sut capter une époque.
Les images rassemblées couvrent la période 1905-1912, quand Lartigue n'était âgé que de neuf à treize ans. On y retrouve des scènes qui renvoient au Paris mondain — les élégantes du Bois de Boulogne — mais aussi des prises réalisées sur la côte atlantique : Hendaye, Biarritz et, discrètement, Pau apparaissent dans les séquences, même si les clichés locaux sont à dénicher avec attention.
Un apprentissage de la composition et du mouvement
La scénographie met en évidence la précocité de Lartigue : jouets automobiles photographiés au ras du sol, portraits de famille et images de sports qui témoignent d'une maîtrise du cadrage et d'une appétence pour le mouvement. L'anecdote souvent racontée par les spécialistes est rapportée ici : enfant, il resserre son pouce et son index pour regarder autour de lui ; son père, intrigué, lui offre un appareil. Le photographe dira plus tard ce geste qui l'a lancé.
« Je fais des pièges d’œil »
Le parcours se conclut par une sélection d'autochromes, ces premières tentatives de couleur photographique apparues au début des années 1900, qui apportent une dimension chromatique rare et précieuse au regard sur la Belle Époque.
- Thèmes explorés : vie familiale, mondanités, sports, plage.
- Période d'origine des clichés : 1905-1912.
- Présence d'autochromes et d'images prises sur le littoral basque et à Pau.
| Élément | Information |
|---|---|
| Conservateur / commissaire | Marc Bélit |
| Période | 1905 - 1912 (jeunesse) |
| Techniques présentées | Planches argentiques, autochromes |
Cette exposition s'inscrit également dans une réflexion plus large : à la veille du bicentenaire de la photographie, dont le calendrier débutera en septembre, le Parvis a choisi d'évoquer les racines du médium en France et en Europe en faisant entendre la voix d'un photographe longtemps perçu comme dilettante avant d'être consacré par des institutions comme le MoMA de New York.
Pour les Palois, l'exposition est l'occasion de redécouvrir autant la finesse d'un regard que des lieux familiers, vus à travers l'objectif d'un enfant issu d'une famille aisée mais déjà attentif aux mouvements sociaux et aux mises en scène du quotidien. La présence de figures comme Anna‑Maria Lemoine, dite « Bichonnade », rappelle que l'album de famille est ici motoré par des visages et des affectivités bien identifiables.
Au-delà de l'anecdote et de la nostalgie, le parcours du Parvis invite à s'interroger sur la façon dont la photographie, dès ses premiers balbutiements en couleur, façonne la mémoire collective et culturelle de la région. Les visiteurs trouveront dans ces images autant d'indices sur les déplacements de la société entre Paris et les rivages du golfe de Gascogne.
Pratique : l'exposition est visible au Parvis de Pau ; le commissariat est assuré par Marc Bélit. Les horaires et modalités de visite sont disponibles auprès du centre d'art.