Un dénouement attendu après deux mois d’audience
À la cour d’assises d’appel d’Aix-en-Provence, la défense des frères Guazzelli a livré ses ultimes arguments. Mercredi 1er juillet, la parole est revenue aux avocats des deux accusés dans l’affaire du double assassinat commis le 5 décembre 2017 devant l’aéroport de Bastia-Poretta. Après huit années de procédure, un procès qualifié d’« intense » et étalé sur près de deux mois, le verdict doit tomber ce jeudi 2 juillet.
La scène d’audience a été marquée par l’émotion: à la fin de sa plaidoirie, Me Jean-Charles Vincensini, conseil de Richard Guazzelli, a laissé transparaître sa tension. Les deux frères se sont ensuite étreints, en larmes. Dans le box, la pression est montée d’un cran à l’heure où la cour s’apprête à se retirer.
Des réquisitions très lourdes contestées
La veille, l’accusation a réclamé des peines d’une rare sévérité: la perpétuité pour Christophe Guazzelli et 30 ans de réclusion criminelle pour Richard Guazzelli. Le ministère public a décrit un projet d’« éradication » du camp adverse et la « renaissance de la Brise de Mer ».
| Accusé | Peine requise |
|---|---|
| Christophe Guazzelli | Réclusion criminelle à perpétuité |
| Richard Guazzelli | 30 ans de réclusion criminelle |
La défense y voit un cadrage de criminalité organisée déconnecté du dossier. Me Frank Berton, avocat de Christophe Guazzelli, a fustigé l’orientation de l’accusation et demandé de ne pas « emmurer vivant » son client.
« Requérir la perpétuité, c’est l’emmurer vivant. »
La ligne de défense: une vengeance individuelle
Au centre des plaidoiries, la thèse d’une vengeance personnelle. Christophe Guazzelli a reconnu avoir tiré, seul, sur Jean-Luc Codaccioni et Antoine Quilichini sur le parking de Poretta. Son conseil a insisté sur la dimension intime de l’acte, en lien avec le meurtre de Francis Guazzelli en 2009. Pour tenter d’alléger la peine, Me Berton a mis en avant le parcours et l’âge de l’accusé, à la veille de ses 35 ans.
« La vengeance n’est pas noble mais elle existe. »
Cette ligne est renforcée par Me Vincensini, qui oppose vendetta et vengeance, la première relevant des clans, la seconde d’un homme seul. L’objectif: couper court à toute lecture de type « Brise de Mer » et isoler le geste de Christophe de toute logique d’entreprise criminelle.
« La vendetta, c’est une affaire de clan. La vengeance, c’est une affaire d’homme. »
Le cas Richard Guazzelli au cœur du débat
La défense a concentré ses forces sur l’absence de Richard Guazzelli à 11 h 23 sur le site de l’aéroport, heure des faits. Selon Me Vincensini, l’aîné n’était pas sur place. Il reconnaît un soutien en amont — avoir su, fourni et accompagné — mais conteste une participation matérielle sur la scène. L’accusation soutient au contraire qu’il a conduit son frère puis attendu pour la fuite. Les avocats s’emploient à démonter cette thèse point par point.
- Reconnaissance par Christophe d’un passage à l’acte solitaire.
- Contestations sur l’identité du conducteur au moment des faits.
- Refus d’une qualification renvoyant à une criminalité organisée.
Un procès suivi de près en Corse
En Haute-Corse, l’affaire résonne pour avoir frappé à l’entrée de Bastia et touché des noms cités dans la littérature policière. Les avocats ont replacé l’événement dans un face-à-face entre individus, non dans un affrontement de clans. Le ministère public, lui, a rappelé la gravité d’une exécution de plein jour sur un parking d’aéroport, et les risques de surenchère violente.
Dans la salle, les échanges ont souligné le poids des mémoires familiales et des trajectoires judiciaires longues. Huit ans de procédure ont façonné une attente forte autour de la décision à venir. À Bastia et dans l’île, l’attention se porte désormais sur le sens précis du verdict, notamment sur la distinction des responsabilités entre les frères.
Heure du verdict et suites possibles
La cour doit rendre sa décision ce jeudi 2 juillet, en fin de journée. Les enjeux sont considérables, tant pour les peines encourues que pour la lecture judiciaire d’un dossier disputé entre vengeance individuelle et entreprise concertée. Quelle que soit l’issue, la décision pèsera sur le climat judiciaire local et sur la manière dont seront appréhendées les affaires à résonance criminelle dans la région bastiaise.