Un axe transfrontalier sous tension budgétaire
Sur la RD 900, au Pas de la Rochaille, la question du financement de la sécurisation ressurgit avec acuité. Le Département des Alpes-de-Haute-Provence a engagé un programme évalué à 72,75 millions d’euros TTC. Si l’État et la Région se tiennent aux côtés de la collectivité, la présidente du Conseil départemental, Éliane Barreille, alerte : l’Union européenne n’a, pour l’heure, apporté aucun soutien à ce chantier portant sur un itinéraire clé entre la France et l’Italie.
Au micro d’Alpes 1, la responsable départementale a rappelé la vocation transfrontalière de la RD 900 et la présence d’un trafic de marchandises qui pèse sur l’infrastructure. Elle souligne la part non négligeable de véhicules étrangers en transit, avec
« 12% de poids lourds italiens »
Péage ciblé ou fermeture, des options posées sur la table
Face à l’absence de financement européen à ce stade, deux hypothèses sont publiquement évoquées, dont un péage dédié aux poids lourds. La présidente assume mettre cette piste au débat, en parallèle d’un scénario plus radical de fermeture si aucun cofinancement ne venait sécuriser l’équation budgétaire. Elle a porté le dossier auprès de deux membres de gouvernements étrangers, indiquant avoir rencontré le ministre de l’Europe côté français, ainsi que son homologue italien.
Dans un échange qui tranche avec les litotes habituelles, elle a résumé l’enjeu financier et l’injustice ressentie par une collectivité rurale confrontée à des flux dépassant son périmètre :
« Si nous n’avions aucun financement de l’Europe, peut être pourrions nous envisager soit une fermeture soit un péage. (…) Les poids lourds sont ceux qui détériorent le plus la chaussée. Ils empruntent la route pour éviter le passage du Fréjus. Je n’en suis pas encore là mais je l’ai dit aux deux ministres »avant d’ajouter :
« Il n’est pas normal qu’un département comme le nôtre, très rural avec un petit budget, supporte une route transfrontalière, qui lui coûte aussi cher »
Qui paie quoi ? Les points clés du financement
Le Département annonce prendre sa part majoritaire, tout en appelant à une répartition élargie au regard de l’utilité nationale et européenne de l’axe. Voici l’état des lieux tel que présenté :
| Poste | Donnée |
|---|---|
| Montant total du programme | 72,75 M€ TTC |
| Part du Département | 63% |
| État et Région | Engagements annoncés (montants non précisés) |
| Union européenne | Aucun soutien à ce stade |
Dans ce contexte, l’option d’un péage ciblé sur les camions s’inscrit comme un levier de financement possible. L’exécutif départemental justifie ce ciblage par l’impact spécifique des lourds convois sur l’usure de la chaussée et par la logique de transit vers l’Italie. Reste à préciser le cadre juridique, les modalités techniques (contrôle, barrière, flux) et les exemptions éventuelles, autant de sujets qui n’ont pas été détaillés à ce stade.
Conséquences locales et calendrier
Pour les transporteurs, un éventuel péage sur la RD 900 constituerait un coût supplémentaire, à mettre en balance avec les itinéraires alternatifs, notamment le passage du Fréjus. Pour les communes desservies par l’axe, l’enjeu tient à la sécurité et à la pérennité de la route, condition indispensable aux déplacements quotidiens comme à l’activité économique. La présidente a posé un cadre clair : sans renfort financier extérieur, l’hypothèse d’une fermeture temporaire ou durable demeure un instrument de pression – et une option de dernier recours.
Autre dossier sensible : le Seignus d’Allos
Au-delà de la RD 900, la présidente a confirmé le changement de gouvernance du domaine skiable du Seignus d’Allos. À compter du 1er octobre, la gestion reviendra à la commune d’Allos, jusque-là assurée par le syndicat mixte du Seignus d’Allos. Elle évoque un désaccord de fond sur le modèle économique avec l’équipe élue, acté par des délibérations de part et d’autre :
« Quand la nouvelle équipe a été élue, nous n’étions pas d’accord sur le modèle économique, ni sur la façon dont ils voulaient gérer le Seignus. Ils ont délibéré. Nous avons délibéré et nous nous sommes séparés »
Ce qu’il faut retenir
- Un chantier de 72,75 M€ pour sécuriser la RD 900 au Pas de la Rochaille, avec une prise en charge à 63% par le Département.
- Faute d’aide européenne aujourd’hui, un péage pour les poids lourds – voire une fermeture – est envisagé.
- Au Seignus, la commune d’Allos reprendra la gestion du domaine skiable à partir du 1er octobre.
La balle est désormais dans le camp des partenaires publics nationaux et européens. Sans clarification rapide, le débat sur un péage ciblé pourrait s’installer durablement sur l’une des artères les plus sensibles du département.