Un récit local pour transformer l'image du département
La Nièvre souffre, selon certains acteurs locaux, d'une méconnaissance qui pèse sur son attractivité. Virginie Charrière, née à Nevers et aujourd'hui directrice de la Fabrique Emploi et Territoires, invite à repenser la manière dont on parle et pense le territoire. Pour elle, ce n'est pas seulement une question de projets mais de récits : il faut « infuser de nouveaux récits » afin que les histoires locales se diffusent et créent du sens.
Revenir sur le parcours de Mme Charrière permet d'illustrer ce propos : après des études hors du département puis un séjour à Paris, elle a choisi de revenir en Nièvre, s'impliquant dans plusieurs structures associatives. C'est selon elle par l'engagement collectif que se tisse une image plus juste du rural.
« Nous devons infuser de nouveaux récits. La Nièvre doit être comme un gros sachet de thé dans lequel on va mettre plein d’histoires qui vont se diffuser »
Des actions concrètes, un déficit d'écho
La directrice souligne que de nombreuses initiatives locales restent « sous le radar » des médias et du grand public. Elle cite son investissement : douze ans au sein d'une AMAP, la création d'un marché de producteurs dans les Amognes avec l'association La Convergence des ZUT, et la participation aux fondateurs du café associatif Le Pot commun à Nevers. Ces projets témoignent d'une vitalité associative que l'accès insuffisant à l'information empêche souvent de faire connaître.
- AMAP : maintien d'une agriculture paysanne, lien direct entre producteurs et consommateurs.
- Marché de producteurs : mise en visibilité des filières locales, impulsée dans les Amognes.
- Café associatif : lieu de rencontre et d'animation à Nevers, vecteur de liens sociaux.
| Initiative | Rôle |
|---|---|
| AMAP | Adhérente depuis 12 ans |
| Marché des Amognes | Co-organisatrice via La Convergence des ZUT |
| Le Pot commun (Nevers) | Membre fondatrice |
Fierté, attractivité et realisme
Mme Charrière se montre lucide : le désir de valoriser la Nièvre ne signifie pas nier ses difficultés. La période du Covid a néanmoins montré que le rural attire, en recherche d'espace et de proximité à la nature. Avec les bouleversements climatiques, ces attraits pourraient durer, à condition que le territoire sache raconter et partager ce qu'il est et ce qu'il peut offrir.
Autre point soulevé : la capacité à se vendre. La formule moqueuse de « Nièvrose » est perçue comme un mauvais jeu de mots ; plus sérieusement, elle renvoie à une faiblesse collective pour porter une image positive. La réponse proposée par la directrice est triple : soutenir les initiatives locales, améliorer la circulation de l'information et construire des récits partagés qui créent fierté et attractivité.
La question dépasse les acteurs culturels : élus, journalistes, associations et entrepreneurs ont un rôle à jouer pour que les histoires de la Nièvre ne restent pas confinées. Faire circuler ces récits, c'est aussi attirer des talents, des projets et de l'investissement — et, au fond, renforcer la résilience d'un territoire en mutation.
À l'heure où la Nièvre cherche à conjuguer qualité de vie et développement, la proposition est claire : valoriser le réel par des récits vivants plutôt que par des slogans. C'est sans doute l'un des investissements les moins coûteux et les plus durables pour transformer la perception du département.