Une traversée qui mène à la cuisine d’un commerce toulonnais
Les pas de Lésia Trachuk l’ont conduite d’Odessa à Toulon. Fuyant le conflit en Ukraine en 2022 avec son mari et leur fille, elle a répondu à une petite annonce publiée par le gérant d’un restaurant du centre-ville. Ce qui avait commencé comme un poste pour la plonge et le ménage s’est transformé, en moins d’un an, en une place de sous‑cheffe au sein de l’équipe de l’Épicerie simple, établie en haut du cours Lafayette.
À défaut d’un passé professionnel dans la restauration — elle venait d’un cabinet d’assurances et d’une enfance à la ferme — elle a saisi l’opportunité. Après quelques mois d’apprentissage sur le tas et trois mois de cours de français, elle propose aujourd’hui des plats méditerranéens appris auprès de ses collègues et affiche une spécialité qui plaît : le flan au caramel.
Intégration, apprentissage et projet professionnel
Le parcours de Lésia illustre une trajectoire d’intégration concrète : prise en charge par un employeur local, progression dans les responsabilités et volonté de se professionnaliser. Elle espère intégrer à la rentrée un bac professionnel au lycée Anne‑Sophie Pic, démarche qu’elle doit conduire pour consolider ses acquis et obtenir une qualification reconnue en France.
- Arrivée à Toulon : il y a un an
- Passée en cuisine : depuis neuf mois
- Cours de français suivis : trois mois
- Projet : candidature en bac pro au lycée Anne‑Sophie Pic
L’équipe de l’Épicerie simple, composée de plusieurs salariés et d’une mascotte canine, a pris part à cette intégration professionnelle. Le gérant évoque immédiatement une affinité avec la nouvelle recrue : la rencontre a été « à pic », dit‑il, résumant un enchaînement de confiance et d’opportunité qui a changé le quotidien de la famille.
« L’annonce de Manu… est tombée à pic. »
Ce parcours a plusieurs conséquences locales. D’abord, il témoigne du rôle crucial que tiennent les petites entreprises toulonnaises dans l’accueil et l’emploi des personnes déplacées. Ensuite, il interroge les dispositifs d’accompagnement linguistique et de validation des compétences : la montée en qualification de Lésia dépendra aussi de l’accès aux formations professionnelles dans l’agglomération. Enfin, c’est une histoire qui nourrit le lien social : la cuisine, dit‑on, est un lieu de partage, et la présence d’une cuisinière ukrainienne qui maîtrise aujourd’hui des recettes méditerranéennes enrichit le paysage culinaire toulonnais.
Enjeux pour le territoire
Pour les acteurs locaux — restaurateurs, centres de formation, associations d’accueil — ce récit rappelle la nécessité de coordonner emploi, formation et accompagnement linguistique. À Toulon, où le tissu économique compte de nombreuses structures de proximité, la réussite de ce type d’intégration repose sur la disponibilité des places en formation, sur la reconnaissance des acquis et sur le soutien des employeurs prêts à investir du temps dans la transmission des savoirs.
Sur le plan humain, l’histoire de Lésia est aussi celle d’une famille : la présence d’un mari ingénieur et d’une fille, Alisa, souligne que l’intégration se vit au quotidien, à l’école, dans le voisinage et au travail. La stabilité professionnelle qu’elle construit contribue à cette reconstruction fragilisée par l’exil.
À l’Épicerie simple, l’expérience se poursuit : continuer à apprendre, renforcer le français et franchir le pas vers un diplôme français figurent parmi les prochains chapitres. Pour Toulon, c’est une victoire discrète et concrète de l’accueil en circuit court, visible dans l’assiette et dans la vie d’un quartier.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Durée depuis l’arrivée | 1 an |
| Période en cuisine | 9 mois |
| Cours de français | 3 mois |
| Projet | Postuler en bac pro au lycée Anne‑Sophie Pic |
Ce récit local, sans éclat médiatique, illustre pourtant des dynamiques essentielles pour l’agglomération toulonnaise : l’économie des petits commerces, la capacité d’accueil des personnes déplacées et la place de la formation professionnelle comme levier d’intégration durable.