Une chaîne de fabrication pratiquement complète retrouvée à quelques pas de la départementale
En bordure d'une route départementale près de Noyon, des fouilles préventives réalisées par l'Inrap ont mis au jour un ensemble archéologique rare : un atelier de potiers daté d'environ 2 000 ans, comprenant un four imposant et près de 50 tours de potiers alignés. Les opérations, lancées après des sondages en 2025, se sont déroulées pendant neuf mois et se sont officiellement achevées en juin 2026.
Ce qui distingue ce gisement, selon les équipes, c'est la présence, sur une vaste emprise, d'éléments correspondant à l'ensemble des étapes de fabrication : extraction et préparation de l'argile, façonnage, cuisson et accumulation de déchets de production. De tels ensembles, offrant une vision complète de la chaîne opératoire, sont peu fréquents.
« on retrouve, sur une très grande surface, des vestiges associés à toute la chaîne opératoire de fabrication de la céramique : l’extraction de la matière première, l’argile, sa transformation, son façonnage et sa cuisson »
Des céramiques qui ont voyagé jusqu'en Europe du Nord
Parmi les témoins matériels figurent des centaines de milliers de tessons, suffisamment nombreux pour attester d'une production d'ampleur. L'étude de ces fragments montre que certaines fabrications ont circulé loin de leur lieu de production : des exemplaires de ces poteries ont été identifiés jusqu'au nord de l'Écosse, preuve d'échanges à longue distance au sein de l'espace romain.
- Durée des fouilles : 9 mois (jusqu'en juin 2026)
- Âge estimé : environ 2 000 ans
- Éléments mis au jour : ~50 tours, un four monumental, centaines de milliers de tessons
Une découverte scientifique, mais une disparition programmée
Le site, malgré sa qualité de conservation et l'intérêt scientifique majeur qu'il représente, ne sera pas préservé in situ. Il doit être recouvert dans le cadre du chantier du Canal Seine‑Nord Europe. Les interventions préventives ont permis de documenter et de prélever un grand nombre de vestiges ; ceux‑ci feront désormais l'objet d'analyses, d'études typologiques et de conservation par l'Inrap et ses partenaires.
La situation illustre la tension fréquente entre fouilles archéologiques préventives et grands projets d'aménagement : la course contre la montre impose souvent une fouille extensive mais temporaire, suivie du recouvrement ou de la destruction du site. Les données recueillies enrichiront néanmoins la connaissance des techniques potières et des réseaux d'échanges à l'époque romaine.
Ce que cela change pour l'Oise
Pour les habitants et le patrimoine local, cette découverte confère une visibilité accrue au passé artisanal du territoire de Noyon. À court terme, il n'y aura pas de vestiges visibles sur place ; toutes les pièces et les enregistrements issus des fouilles sont destinés aux laboratoires et aux publications scientifiques. À plus long terme, les résultats pourront alimenter des expositions, des publications locales et des actions de sensibilisation autour de l'archéologie du département.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Localisation | Près d'une départementale, Noyon (Oise) |
| Durée des fouilles | 9 mois (jusqu'en juin 2026) |
| Vestiges majeurs | ~50 tours, four monumental, centaines de milliers de tessons |
| Sort final | Recouvrement lié au projet Canal Seine‑Nord Europe |
Les archéologues poursuivront l'étude des matériaux découverts afin de préciser les techniques de production, les circuits d'approvisionnement en argile et l'ampleur des exportations. Pour les Noyonnais et les habitants de l'Oise, cette découverte rappelle la richesse historique du sol local et l'importance des diagnostics préalables aux grands travaux.