Une stratégie olfactive pour réduire l'usage des insecticides
Avec l'interdiction progressive de produits phytosanitaires puissants, la recherche agricole se tourne vers des techniques moins toxiques qui exploitent le sens le plus développé chez certains insectes : l'olfaction. Des entreprises et des laboratoires explorent aujourd'hui des granulés et des formulations odorantes capables de repousser, d'attirer ou de déstabiliser des ravageurs de cultures.
Un exemple industriel cité récemment montre une réduction de 60 % de la population de pucerons au pic saisonnier grâce à des granulés imprégnés d'odeurs, selon l'entreprise concernée. Ce type de dispositif illustre une logique différente : ne pas tuer massivement les insectes avec des molécules systémiques, mais perturber leurs comportements de recherche de nourriture ou de reproduction.
« Ces insecticides ne nécessitaient aucun effort pour les agriculteurs... Aujourd’hui, les produits sont moins toxiques, mais ils sont aussi moins efficaces. Ça demande beaucoup plus de surveillance. »
Cette remarque d'une responsable technique de la filière betterave met en lumière la tension actuelle : les interdictions successives, comme celle des néonicotinoïdes en 2018, ont réduit l'arsenal chimique des agriculteurs. La loi dite « Duplomb 2 », adoptée en juillet 2026, a d'ailleurs rouvert ponctuellement des usages dérogatoires de certaines substances, signe des difficultés à concilier efficacité agricole et protection de l'environnement.
Des mécanismes biologiques simples, des applications variées
Les approches olfactives reposent sur des principes éprouvés en écologie comportementale : attirer vers un piège, masquer les repères olfactifs d'une plante hôte, ou encore saturer l'environnement d'odeurs pour empêcher la localisation des cultures. Elles sont particulièrement adaptées aux insectes qui s'appuient peu sur la vision, comme certains papillons de nuit.
- Avantage : réduction de la toxicité environnementale et ciblage comportemental des ravageurs.
- Limite : efficacité variable selon les espèces et nécessités accrues de surveillance et d'adaptation.
- Perspective : combiner stratégies olfactives et pratiques agronomiques pour limiter l'émergence de résistances.
| Élément | Constat |
|---|---|
| Néonicotinoïdes | Interdits en 2018 ; réautorisation dérogatoire discutée en 2026 |
| Solutions olfactives | Réduction annoncée de 60% des pucerons dans un essai industriel |
Si ces solutions montrent un potentiel réel, elles ne constituent pas une panacée immédiate. Leur efficacité dépend de l'écologie locale des ravageurs, du calendrier cultural et des combinaisons de méthodes déployées. Elles impliquent aussi un suivi renforcé des parcelles et une adaptation des pratiques, ce qui pèse sur l'organisation du travail des exploitations.
À moyen terme, les odeurs pourraient jouer un rôle central dans une agriculture moins dépendante des molécules systématiques, en particulier pour des cultures sensibles et des ravageurs olfacto-dépendants. Mais la transition nécessitera des validations à grande échelle, des coûts maîtrisés et des formations pour que ces techniques deviennent des outils opérationnels pour les agriculteurs français.