Un indicateur régional en repli
Le Val de Morteau n’est plus le territoire de Bourgogne-Franche-Comté qui envoie le plus de travailleurs au-delà de la frontière. Selon les derniers éléments consolidés fin 2025, le nombre de navetteurs du secteur recule de 1,6 %, pour s’établir à 5 700 personnes. Ce déclassement symbolique résume un mouvement plus large : l’emploi frontalier industriel marque le pas dans la région.
À l’échelle régionale, on compte 48 450 frontaliers fin 2025. Après des progressions soutenues en 2023 (+6,7 %) puis encore en 2024 (+1,5 %), la dynamique s’essouffle nettement avec une quasi-stagnation en 2025 (+0,5 %). La mécanique se grippe surtout côté usines et ateliers, alors que les services tiennent mieux.
L’industrie et l’horlogerie en première ligne
Le recul est net dans les branches productives. Les postes industriels occupés par des frontaliers de Bourgogne-Franche-Comté atteignent 19 160 fin 2025, soit une baisse de 1,7 % sur un an. Les secteurs les plus exposés sont l’horlogerie et d’autres activités manufacturières. La correction n’est pas nouvelle : déjà en 2024, l’horlogerie avait été freinée par le ralentissement de l’économie chinoise et la faiblesse du yuan.
Le tassement est particulièrement visible entre les cantons suisses de Neuchâtel et du Jura, ceux où l’industrie pèse le plus. Les intercommunalités du bassin du Haut-Doubs — Val de Morteau, Plateau du Russey, Pays de Maîche et Portes du Haut-Doubs — orientées vers ces cantons, sont directement concernées.
Conjoncture suisse défavorable
Le retournement tient aussi au contexte international. L’I.N.S.E.E. relève l’effet du relèvement des droits de douane américains décidé en 2025, dans une économie helvétique très dépendante de ses débouchés extérieurs. Comme le rappelle l’institut statistique :
« Le relèvement des droits de douane par les États-Unis en 2025 a pesé sur une économie suisse dont les exportations de biens et services représentent 72 % du PIB, contre environ 34 % en France. »
Cette configuration fragilise mécaniquement l’emploi frontalier industriel en provenance de Bourgogne-Franche-Comté lorsque les carnets se contractent côté suisse.
Intérim: le baromètre se dégrade
Le marché du travail temporaire reflète la prudence des entreprises. Le recours à l’intérim passe sous les 4 000 frontaliers en 2025, après une chute déjà marquée en 2024 (-15,6 %). Ce signal confirme un ajustement à la baisse sur les lignes de production et une moindre sollicitation des renforts.
Ce que cela change pour le Haut-Doubs
- Moins de postes industriels côté suisse pour les actifs du Haut-Doubs, en particulier pour les profils de l’horlogerie et des fabrications spécialisées.
- Une pression accrue sur les parcours d’intérim, souvent premiers touchés lors des ralentissements.
- Une hiérarchie territoriale qui bouge : le Val de Morteau cède la première place en nombre de frontaliers au profit du secteur de Métabief–Mouthe.
Pour les ménages, ces évolutions peuvent se traduire par des trajectoires professionnelles plus heurtées et des arbitrages sur la mobilité quotidienne. Pour les employeurs du Doubs, l’ajustement helvétique peut rouvrir des disponibilités de main-d’œuvre, mais sans garantie sur les compétences clés à court terme.
Les chiffres à retenir
| Indicateur | Niveau fin 2025 | Évolution |
|---|---|---|
| Frontaliers BFC (tous secteurs) | 48 450 | +0,5 % sur un an |
| Frontaliers industriels BFC | 19 160 | -1,7 % sur un an |
| Val de Morteau (navetteurs) | 5 700 | -1,6 % sur un an |
| Intérim frontalier | < 4 000 | -15,6 % en 2024 (puis baisse en 2025) |
Cap sur la suite
La trajectoire 2026 dépendra d’un faisceau de facteurs extérieurs : commandes dans l’horlogerie, parité monétaire, politique commerciale, et dynamique des services en Suisse. À court terme, le bassin du Haut-Doubs devra composer avec un marché transfrontalier moins porteur dans l’industrie et des arbitrages d’entreprises qui privilégient la flexibilité interne.