Un diagnostic sévère sur un territoire sous tension hydrique
Dans un contexte de sécheresse récurrente dans les Pyrénées-Orientales, la Cour des comptes d’Occitanie a publié, le 10 juin 2026, un rapport qui épingle l’état du réseau d’eau potable de la communauté de communes Agly-Fenouillède. L’institution met en évidence une dégradation des performances et, surtout, un taux de fuites de 61 %, soit plus de trois fois la moyenne nationale (19 %). Selon le document, le volume perdu équivaut à la consommation annuelle de 8 000 habitants.
Un réseau vieillissant et des réparations urgentes
Le constat vise un patrimoine de canalisations vétustes, hérité d’années de sous-investissement. La communauté de communes a récupéré, depuis 2020, la compétence eau qui relevait auparavant des communes, avec, à la clé, la charge d’infrastructures déjà très dégradées. La situation est décrite sans détour par des acteurs du terrain.
« On a des installations vieillissantes, du béton qui s’effrite. Les canalisations sont vétustes, et c’est l’état général du réseau »
témoigne Christophe Malaprade, maire de Fosse. Du côté de l’intercommunalité, le président Gilles Deulofeu reconnaît l’ampleur du problème :
« On s'est rendu compte qu'on avait récupéré des réseaux en très mauvais état, des équipements en très mauvais état également »
Un territoire rural aux moyens limités
La communauté de communes Agly-Fenouillède regroupe 14 communes, dont la plus peuplée n’atteint que 1 400 habitants. Cette faible densité pèse sur les budgets d’entretien et de rénovation : peu d’usagers pour financer des travaux pourtant lourds et indispensables. Dans ce cadre, la collectivité a acté une hausse du tarif de l’eau pour les résidents. L’objectif affiché est de mobiliser des recettes afin de relancer des chantiers urgents tout en ménageant, autant que possible, le pouvoir d’achat local.
Des pertes massives qui fragilisent la ressource
Au-delà du gaspillage, ces fuites fragilisent la sécurité d’alimentation en eau potable : chaque litre égaré complique la gestion d’un réseau déjà sous contrainte hydraulique. À l’échelle d’un territoire où la ressource est comptée, ramener les pertes à un niveau supportable est un enjeu environnemental autant que financier. Chaque intervention différée renchérit le coût global de remise à niveau, tout en prolongeant le risque de ruptures de service et de surconsommation énergétique pour pomper, traiter et distribuer une eau qui, in fine, ne parvient pas aux robinets.
Des priorités à clarifier pour une remise à niveau
La Cour des comptes invite la collectivité à cibler les secteurs les plus défaillants et à planifier des travaux par étapes, en priorisant les tronçons affichant les pertes les plus élevées. Dans le même temps, la connaissance fine du réseau (cartographie, relève des performances, détection) est déterminante pour orienter chaque euro vers des réparations efficaces. La mutualisation entre communes et le recours aux dispositifs régionaux et nationaux de financement peuvent constituer des leviers, d’autant que la marche à gravir est haute pour un territoire rural.
Ce que cela change pour les habitants
- Une part importante de l’eau produite ne parvient pas aux usagers, ce qui pèse sur les factures et la stabilité du service.
- Des chantiers ciblés sont attendus pour réduire rapidement les fuites les plus coûteuses.
- La hausse tarifaire décidée vise à enclencher les investissements tout en préservant l’accès à une eau potable de qualité.
Les chiffres clés du rapport
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Taux de fuites | 61 % |
| Moyenne nationale | 19 % |
| Pertes équivalentes | Consommation de 8 000 habitants |
| Communes concernées | 14 |
| Commune la plus peuplée | 1 400 habitants |
La photographie dressée par la Cour des comptes met en lumière une équation délicate : un réseau à réhabiliter rapidement, des moyens contraints et une ressource en eau à ménager. Réduire les pertes devient la première réserve d’eau potable disponible à court terme pour Agly-Fenouillède.