Un ancien élu local entre en scène avant le vote
À l’heure où l’Assemblée nationale doit se prononcer sur la loi relative à l’aide à mourir, Benoit Mournet, ancien député des Hautes-Pyrénées et ex-directeur d’hôpital à Lourdes, rend publique une position très réservée. Dans un texte transmis à la presse, il juge que le débat parlementaire, quoique long, n’a pas permis une écoute suffisante des positions nuancées. Il dit respecter la décision de la majorité si le texte est adopté, tout en pointant un cheminement qui, selon lui, pose davantage de questions qu’il n’apporte de réponses claires.
« L’Assemblée nationale va se prononcer sur la loi sur l’aide à mourir. La majorité parlera et en démocrates, nous la respecterons. »
Des interrogations sur le périmètre et les principes
Au cœur de ses réserves, une critique du principe qui fait de chacun le maître de sa propre fin, mais dont l’application resterait, selon lui, incomplète. Il interroge les exclusions retenues par le texte — maladies psychiatriques, addictions, mineurs, personnes en situation de handicap total, directives anticipées — et y voit un cadre restreint conçu pour rallier une majorité, au prix d’une « rupture de principe » dans la société. Il estime par ailleurs que le dispositif pourrait se révéler « inopérant » au regard de la législation existante sur la sédation profonde et continue.
- Un périmètre jugé limité, qui exclut plusieurs situations limites.
- Un risque de relégation des soins palliatifs au rang d’option secondaire.
- Une charge nouvelle pressentie sur les soignants.
Souveraineté individuelle et responsabilité collective
Dans son argumentaire, Benoit Mournet oppose la logique d’une autonomie individuelle poussée jusqu’au bout et les conséquences collectives qui en découleraient. Sans s’opposer frontalement à l’idée d’un choix intime, il interroge sa cohérence: si l’on admet le principe, pourquoi en limiter l’accès à certaines pathologies et pas à d’autres? Le raisonnement, souligne-t-il, doit être tenu jusqu’au bout, faute de créer des zones d’ombre juridiques et éthiques difficiles à gérer au quotidien dans les services de santé.
« Pourquoi en exclure les maladies psychiatriques et les addictions ? les mineurs, les personnes en situation de handicap total ? »
Soins palliatifs et accompagnement au cœur des préoccupations
L’ancien directeur d’établissement hospitalier insiste sur la place des équipes de soins. Il dit se sentir solidaire des professionnels à qui incomberait une nouvelle responsabilité, lourde tant sur le plan pratique que moral. Selon lui, la loi en discussion risque d’installer une concurrence implicite entre l’aide à mourir et l’accompagnement palliatif, alors même que ce dernier demeure, aux yeux de nombreux praticiens, un pilier de la prise en charge de la fin de vie. Le débat, insiste-t-il, ne doit pas faire des soins palliatifs une simple alternative, mais préserver leur vocation première: soulager, accompagner, soutenir.
Une conviction forgée au contact du terrain
Revenant sur son expérience, il affirme une vision de la vie qui ne se limite pas à l’intégrité physique. Dans son propos, la fragilité, le handicap, la maladie et la souffrance font partie intégrante de l’existence humaine et doivent être reconnues et accompagnées. Cette approche se veut ancrée dans la réalité du soin et des territoires de montagne, où les trajectoires de fin de vie, les isolements et l’accès à l’offre de santé posent des défis particuliers.
« La vie ne se résume pas à son enveloppe extérieure ou à être en bonne santé. »
Une parole locale dans un débat national
La prise de position de Benoit Mournet résonne dans les Hautes-Pyrénées, où l’équilibre entre proximité des soins et accès à l’expertise constitue un sujet récurrent. Elle intervient au moment où les députés doivent trancher, après un parcours parlementaire heurté. L’ancien élu rappelle une mise en garde qui lui avait été adressée en séance:
« attention mon cher Benoît, ta position réservée sur mon texte va mal vieillir », citation attribuée au rapporteur général Olivier Falorni. Il admet que l’avenir dira qui avait raison, mais estime que les échanges, loin de dissiper ses doutes, les ont « amplifiés ».
Ce que cette intervention change, ici
Concrètement, la parole d’un ex-député et ancien directeur d’hôpital local met en lumière des enjeux très opérationnels: protocoles à définir, temporalités médicales à coordonner, et articulation fine avec les parcours de soins palliatifs. Elle souligne aussi la nécessité d’un dialogue de confiance entre patients, familles et équipes, dans un département où l’on connaît les contraintes de distance, la démographie médicale et l’importance des solidarités de proximité. Quelle que soit l’issue du scrutin, le débat s’invitera dans les services, les cabinets et les foyers des Hautes-Pyrénées.