Un départ et des chiffres qui disent l’épuisement du ressort
Après un mandat de cinq ans à la tête du parquet de Bobigny, Éric Mathais quitte la Seine‑Saint‑Denis pour prendre ses fonctions à la cour d’appel de Montpellier. Avant son départ, il a rendu public le bilan statistique du mois de juin 2026, révélant une charge de travail particulièrement élevée pour le tribunal judiciaire du département.
Les données publiées montrent une activité très soutenue : un nombre important de gardes à vue et des procédures accélérées à la comparution immédiate. Ces chiffres, mis en regard avec des mesures prises en urgence, illustrent la tension chronique qui pèse sur les services judiciaires du 93.
Des chiffres clairs, des services saturés
| Indicateur | Mai 2026 | Juin 2026 |
|---|---|---|
| Gardes à vue | 2 663 | 2 785 |
| Déferrements | 461 | 566 |
| Comparutions immédiates | 202 | 201 |
Selon le bilan, le volume des dossiers au ressort de Seine‑Saint‑Denis a crû de 80 % depuis 2019, ce qui explique en grande partie la cascade de décisions prises ces dernières semaines par la direction du parquet.
Un recentrage des priorités judiciaires
Face à la saturation, le procureur a pris une mesure exceptionnelle à la mi‑juin : il a ordonné la mise en pause des enquêtes préliminaires jugées non prioritaires afin de concentrer les moyens sur les affaires de violences sexuelles impliquant des mineurs.
« suspendu les enquêtes préliminaires non prioritaires pour concentrer les moyens sur les violences sexuelles sur mineurs. »
Cette décision, rare par son caractère explicite, traduit la nécessité de trier l’activité pour garantir un traitement plus rapide et plus protecteur des dossiers sensibles. Elle soulève toutefois des questions pour les victimes d’autres infractions et pour les services enquêtant sur des faits moins médiatisés.
Conséquences locales et réactions
Sur le terrain, policiers, magistrats et avocats mentionnent un effet mécanique : des délais d’instruction plus longs pour certains dossiers, une forte pression sur les unités de garde à vue et un recours accru aux comparutions immédiates pour désengorger les salles d’audience. Pour les habitants, cela signifie à la fois une promesse de priorité donnée aux victimes les plus vulnérables, mais aussi le risque d’une moindre attention accordée à d’autres problématiques de proximité.
- Priorité aux violences sexuelles contre les mineurs : recentrage des moyens.
- Saturation du parquet : hausse des gardes à vue et des déferrements.
- Départ du procureur : transition institutionnelle vers Montpellier.
Le départ d’Éric Mathais ouvre un chapitre de transition au parquet de Bobigny. La nomination de son successeur et la capacité des services à absorber la charge restent des enjeux cruciaux pour la sécurité et la justice locale. En attendant, les chiffres publiés restent un signe tangible de la pression qui pèse sur l’un des tribunaux les plus sollicités de France.
Correspondant à Bobigny