Un virage législatif en quinze jours
Adopté le 2 juillet au Sénat dans le cadre du projet de loi sur la souveraineté agricole, l’amendement qui ouvrait la voie, en dernier recours, à des opérations d’abattage de chiens errants en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane a finalement été retiré par la commission mixte paritaire le 16 juillet. Prévu pour s’appliquer après échec des captures et en cas d’attaques répétées contre des personnes ou des animaux, le dispositif avait suscité une vive opposition des associations de protection animale.
| Étape | Date | Portée |
|---|---|---|
| Adoption au Sénat | 02/07 | Autorisation de l’abattage en dernier recours |
| Retrait en CMP | 16/07 | Mesure abandonnée |
Une victoire pour les défenseurs des animaux
Pour les organisations engagées sur le terrain, le retrait est synonyme d’arrêt d’une logique jugée inefficace et risquée.
« C'est une très bonne nouvelle pour la protection animale de tous les départements d'outre-mer. »L’argument central avancé par les associations : l’abattage systématique ne réduit pas durablement les populations canines errantes, qui ont tendance à se reconstituer. S’ajoute la préoccupation de sécurité publique liée à l’usage d’armes à feu dans des contextes déjà sensibles.
Des alternatives connues, un chantier à structurer
Le retrait ne règle pas la question de fond : la gestion des chiens en divagation. Les acteurs de la protection animale appellent à déployer des solutions intégrées, éprouvées ailleurs, et à les financer sur la durée :
- Identification et responsabilisation des propriétaires (traçabilité, amendes dissuasives en cas de divagation).
- Renforcement des capturations et des prises en charge, avec coordination entre communes, fourrières et associations.
- Campagnes de sensibilisation et de stérilisation ciblées pour limiter les naissances non contrôlées.
Ces leviers, avancent les défenseurs des animaux, agissent à la source et évitent de déplacer le problème d’une commune à l’autre.
Quelles implications en Martinique ?
La Martinique n’appliquera donc pas de protocoles d’abattage décidés par l’État. Le besoin se déplace vers une stratégie locale cohérente, alignée avec le droit en vigueur. Les communes, au premier rang pour la police de la divagation, sont incitées à planifier des actions coordonnées avec le préfet, les services vétérinaires et le tissu associatif, afin de sécuriser l’espace public et de réduire la pression sur les élevages et les quartiers.
Éviter l’impasse : sécurité et éthique
Le débat a révélé un double impératif : protéger les personnes et les animaux d’élevage, tout en respectant l’éthique animale. Les associations rappellent que l’emploi d’armes, même encadré, comporte des risques de dérapage.
« L'abattage systématique [...] ne fonctionne pas sur les populations canines errantes [...]. Les gros risques, c'était bien évidemment l'utilisation d'armes à feu. »Le retrait de l’amendement rouvre la voie à des solutions graduées, plus longues à mettre en place mais potentiellement durables.
La suite : cap sur une feuille de route opérationnelle
À court terme, l’enjeu est d’accélérer les dispositifs existants : fourrières opérationnelles, campagnes d’identification et de stérilisation, information des propriétaires, et contrôles. À moyen terme, un pilotage partagé pourrait éviter les à-coups réglementaires et donner de la visibilité aux acteurs, condition d’un impact mesurable et accepté par la population.