Une reconnaissance qui a changé le visage du Tour
Au début du XXe siècle, le Tour de France cherchait à récupérer une crédibilité ébranlée par des tricheries et des incidents. C’est dans ce contexte que, en 1910, les organisateurs décidèrent d’explorer les Pyrénées pour proposer une étape « reine » capable de réenchanter le public. L’un des épisodes fondateurs de cette décision se déroule sur les pentes du Tourmalet : une reconnaissance hivernale au terme de laquelle Alphonse Steines, envoyé pour repérer un itinéraire, enverra un télégramme bref mais décisif.
Parti en voiture, son convoi fut stoppé par la neige à proximité de La Mongie. Contraint de poursuivre à pied, il s’enfonça dans d’importantes congères, franchit le col dans la nuit, tomba dans un ruisseau et finit retrouvé frigorifié par des guides. Il rejoignit Barèges aux petites heures du matin. À son retour, son message à Henri Desgrange fut l’élément déclencheur qui légitima l’idée d’une étape pyrénéenne exigeante.
"Passé Tourmalet-stop-très bonne route-stop-praticable-stop- signé : Alfonse Steines"
Un mensonge fertile ?
Les récits contemporains insistent sur le contraste entre la rudesse des montagnes et l’image touristique des Pyrénées — thermalisme, stations et villégiature. Pour vendre le Tour, il fallait de l’audace. La reconnaissance de Steines, qui montre à la fois la difficulté du terrain et sa praticabilité malgré l’hiver, permit aux organisateurs d’imaginer une étape hors normes, celle qui fut programmée plus tard entre Luchon et Bayonne.
Conséquences locales et patrimoniales
Le choix des cols pyrénéens pour le Tour de 1910 a eu des retombées durables pour les vallées et stations des Hautes-Pyrénées :
- mise en lumière des cols emblématiques (Tourmalet, etc.) ;
- développement progressif d’un tourisme sportif lié au cyclisme ;
- renforcement de la notoriété des communes comme La Mongie et Barèges.
Si la source rappelle que l’étape « reine » est née d’une forme de mise en scène — certains parlent d’un mensonge utile —, elle met surtout en évidence la fragilité et la grandeur des Pyrénées qui, par leur caractère sauvage, ont façonné la légende du Tour.
Ce que cela dit aux Hautes-Pyrénées aujourd’hui
Pour les habitants et acteurs locaux, cette page d’histoire lie patrimoine naturel, mémoire sportive et attractivité touristique. Les cols, longtemps perçus comme obstacles, sont devenus des ressources : chaque passage du Tour entretient un récit qui continue d’attirer cyclotouristes et passionnés du monde entier.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1903 | Lancement du Tour de France |
| Janvier 1910 | Reconnaissance d'Alphonse Steines au Tourmalet |
| 1910 | Première grande étape pyrénéenne (Luchon-Bayonne) |
Ce récit local, fait d’efforts humains et d’un environnement impitoyable, reste aujourd’hui une pièce importante de l’identité des Hautes-Pyrénées. Il explique en partie pourquoi le département est devenu une étape incontournable du grand spectacle du cyclisme.