Un diagnostic « structurel » pour relancer la chaîne de l'innovation
Le Comité directeur central pour la science, le développement technologique, l'innovation et la transformation numérique a dressé un constat sévère : malgré les mesures engagées depuis la résolution 57, des « goulots d'étranglement » persistent et freinent la capacité du pays à convertir la recherche en croissance économique.
Le rapport pointe en première ligne un problème d'orientation stratégique : la politique scientifique n'est pas suffisamment alignée sur les besoins concrets de l'économie. Aujourd'hui, les commandes de recherche proviennent majoritairement des autorités de régulation, tandis que la voix des entreprises — qui devraient être les premières bénéficiaires des résultats — reste marginale. Le corollaire est simple et dommageable : de nombreux projets de recherche ne trouvent pas de débouché industriel ou commercial.
Des outils fragmentés, des ressources dispersées
Autre source de faiblesse mise en évidence : l'absence d'un système unifié de catalogues technologiques. Le registre actuel distingue entre technologies stratégiques, technologies de pointe prioritaires, produits numériques clés, etc., sans intégration cohérente. Cette segmentation augmente le risque de dispersion des financements et des efforts, au moment où la concentration des moyens est cruciale pour obtenir des ruptures technologiques.
- Dialogue Etat‑entreprises insuffisant : les entreprises ne pilotent pas assez les priorités de recherche.
- Catalogue technologique fragmenté : multiplicité des listes sans harmonisation.
- Cadre juridique incomplet : rôle-clé d'ingénieur en chef national non inscrit dans la loi.
Des propositions concrètes pour débloquer la situation
Pour remédier à ces verrous, le Comité propose plusieurs leviers d'action. Parmi eux :
- l'instauration d'un mécanisme juridique pour formaliser le poste d'« ingénieur en chef national » ;
- la création d'un système unifié de catalogues des technologies prioritaires ;
- la mise en place d'examens périodiques afin d'actualiser les priorités et d'éviter le décalage entre recherche et marché.
Des liens institutionnels à rendre contraignants
Le rapport souligne également que les relations entre l'État, les instituts de recherche, les universités et les entreprises reposent pour l'heure sur des mécanismes de coordination souples et non sur des obligations juridiques robustes. Sans cadres contractuels ou réglementaires plus stricts, les collaborations risquent de rester formelles plutôt qu'opérationnelles.
| Problème identifié | Mesure proposée |
|---|---|
| Orientation stratégique déconnectée | Renforcer la participation des entreprises aux commandes de recherche |
| Catalogues technologiques dispersés | Élaborer un système unique et harmonisé |
| Absence de statut pour l'ingénieur en chef | Créer un cadre juridique pour ce poste |
Quelles conséquences pour l'écosystème d'innovation ?
Si ces recommandations sont mises en œuvre, elles pourraient améliorer la capacité du pays à orienter les efforts de recherche vers des résultats commercialisables et à concentrer les investissements sur des domaines à fort impact. À l'inverse, l'inaction maintiendrait un modèle où la production scientifique et la demande industrielle restent mal articulées, limitant la création d'emplois qualifiés et la compétitivité internationale.
Le défi est double : il faut à la fois réformer les instruments de gouvernance et rénover le cadre juridique pour transformer les coopérations informelles en partenariats durables. Le calendrier de mise en œuvre des propositions — y compris la codification du rôle d'ingénieur en chef — sera déterminant pour savoir si la stratégie nationale de science et technologie sortira de l'étape des intentions.
Le Comité a identifié 12 obstacles et avancé des pistes ; le prochain acte sera politique : traduire ces pistes en textes et en dispositifs opérationnels pour que la science devienne un moteur économique tangible.