Mobilisation locale dans un contexte national
Ce lundi 29 juin, le barreau de Martinique participe à la journée dite de « justice morte », à l’unisson des mobilisations organisées partout en France. À Fort-de-France, un rassemblement est annoncé à 10h30 devant le tribunal judiciaire. Les avocats entendent alerter, une nouvelle fois, sur l’insuffisance des moyens alloués à l’institution et sur les orientations du projet de loi de justice criminelle, connu sous l’acronyme SURE, porté par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin.
Un malaise ancien, ravivé par l’actualité
Un peu plus d’un mois après une grève locale du barreau, le sujet des moyens de la justice est revenu au premier plan en Martinique. L’affaire dite Lyhanna a mis en exergue, selon la profession, des failles structurelles : délais, effectifs, et outils à moderniser. Pour les robes noires, il s’agit d’un problème durable qui n’a pas trouvé de réponse satisfaisante. Le mouvement de ce jour vise à rendre visible cette situation et à obtenir des engagements concrets de l’État.
Des griefs ciblés contre le projet SURE
Au-delà des effectifs et des budgets, la protestation vise des dispositions du texte gouvernemental. Les représentants du barreau soulignent avoir observé un premier infléchissement : la commission des lois de l’Assemblée nationale a écarté la procédure de « plaider coupable criminel ». Mais d’autres points demeurent contestés par la profession, qui redoute un recul des garanties procédurales.
| Motifs évoqués | Éléments mis en avant |
|---|---|
| Manque de moyens | Besoin de renforts humains et matériels pour le fonctionnement quotidien des juridictions |
| Projet de loi SURE | Retrait du « plaider coupable criminel » en commission; persistance d’autres mesures jugées problématiques par le barreau |
La position du barreau de Martinique
La bâtonnière, Pascaline Jean-Joseph, résume les raisons de la mobilisation et l’état du rapport de force actuel. Elle rappelle la durée de l’alerte lancée par la profession, à l’échelle locale comme nationale, et l’objectif de cette journée d’action : défendre les libertés et la qualité du service public de la justice.
« Ça fait des années, effectivement, que le barreau de Martinique ainsi que les barreaux de France ne cessent d'indiquer qu'il y a un problème de moyens et qu'il y a une législation qui, de plus en plus, fait reculer les libertés. C'est la raison pour laquelle, depuis le mois d'avril, nous sommes mobilisés contre le projet de loi SURE. Nous avons obtenu une première victoire puisque le ministre a fait marche arrière dans la mesure où la commission des lois a refusé son plaider coupable criminel, qui était complètement inique. Maintenant, il ne faut pas oublier que d'autres mesures de ce projet de loi sont tout aussi iniques et nous sommes toujours au combat, barreau de Martinique, barreaux de France. »
Ce qui change (ou pas) pour le public aujourd’hui
La journée de mobilisation peut entraîner des audiences reportées ou un service réduit dans certaines juridictions. Les justiciables sont invités à se rapprocher de leurs conseils ou des greffes pour vérifier le maintien de leurs convocations. L’objectif, selon les avocats, n’est pas d’entraver durablement le fonctionnement des tribunaux, mais de souligner l’écart entre les besoins de terrain et les moyens disponibles, ainsi que d’alerter sur les effets possibles de certaines réformes pénales.
- Rassemblement à 10h30 devant le tribunal judiciaire de Fort-de-France.
- Mobilisation contre le manque de moyens et des dispositions du projet SURE.
- Risque de perturbations ponctuelles des audiences au cours de la journée.
Une séquence qui s’inscrit dans la durée
La contestation actuelle ne constitue pas un épisode isolé : elle intervient après une précédente grève locale et s’insère dans un mouvement national plus large. La première inflexion obtenue en commission sur la procédure de reconnaissance préalable de culpabilité en matière criminelle n’éteint pas les inquiétudes. Les avocats martiniquais, à l’instar de leurs confrères, entendent poursuivre le dialogue institutionnel tout en conservant une capacité de mobilisation. À l’issue de la journée, les représentants du barreau devraient dresser un premier bilan et préciser la suite à donner si leurs attentes restent sans réponse.