Des applaudissements à la réserve prudente
La visite récente de la ministre des Outre-mer en Martinique suscite une réaction nuancée de la Fédération des entreprises des Outre-mer (FEDOM). Dans une prise de position rendue publique par son président Hervé Mariton, l'organisation patronale salue le renforcement des moyens de l'État pour lutter contre le narcotrafic, qu'elle qualifie d'enjeu majeur pour l'économie locale. Mais elle alerte avec force sur les annonces institutionnelles faites à cette occasion, qu'elle considère porteuses d'incertitudes pour les entreprises.
La FEDOM reconnaît la portée de l’action sécuritaire portée par l'État : pour le patronat ultramarin, la montée en puissance des moyens policiers est indispensable face à une « plaie » qui pèse sur l'activité économique. Hervé Mariton va jusqu'à qualifier de
« détermination excellente »ce renforcement des moyens contre le narcotrafic.
Un accord-cadre plus large que prévu
Si la lutte contre la criminalité organisée recueille l'assentiment de la FEDOM, l'organisation marque son désaccord sur le volet institutionnel rendu public lors du déplacement ministériel. La loi d'habilitation attendue devait permettre certaines délégations législatives à la Martinique — notamment sur l'eau et l'énergie. Mais, selon la FEDOM, l'accord-cadre présenté est beaucoup plus étendu et couvre des champs supplémentaires tels que l'emploi, le logement et même des pistes d'autonomie fiscale. Cette amplitude surprend et inquiète les milieux économiques, qui redoutent l'ouverture d'une série de questions complexes et mal évaluées.
- Soutien : renforcement des moyens contre le narcotrafic.
- Préoccupation : extension de l'accord-cadre à de nouveaux domaines (emploi, logement, fiscalité).
- Critique de méthode : absence de concertation préalable avec les acteurs économiques et manque d'évaluation des compétences déjà transférées.
La méthode pointée du doigt
Au-delà du contenu, la FEDOM fustige la manière dont ces orientations ont été annoncées. Le président Hervé Mariton regrette que les acteurs économiques n'aient pas été consultés et que l'exercice des compétences déjà transférées à la collectivité n'ait pas fait l'objet d'une évaluation préalable. Pour la FEDOM, cette étape d'analyse était nécessaire : elle aurait pu documenter les réussites et les échecs, et éclairer l'éventuelle extension des compétences. Sans ce diagnostic, les entreprises voient s'ouvrir « un nouveau champ d'incertitudes » qui pourrait peser sur leurs décisions.
Risque pour les relations régionales et le commerce
La FEDOM accueille également avec réserve l'appel à un renforcement des échanges économiques avec la Caraïbe, porté par la ministre. L'ambition est jugée pertinente, mais fragile à court terme. L'organisation pointe en particulier le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) : en l'état, l'impossibilité pour la France d'obtenir une exemption pour les Outre-mer laisse craindre un renchérissement des échanges régionaux au moment même où on encourage leur développement.
| Point | Position de la FEDOM |
|---|---|
| Lutte contre le narcotrafic | Soutien - renforcement des moyens salué |
| Ouverture régionale | Souhaitée mais menacée par le MACF |
| Accord-cadre | Inquiétude - champ trop large et méthode contestée |
Conséquences pour le tissu économique martiniquais
Pour les chefs d'entreprise locaux, la combinaison d'un renforcement sécuritaire et d'un possible élargissement des compétences transférées pose des défis concrets : adaptation réglementaire, incertitudes fiscales, et nécessité d'une meilleure visibilité pour l'investissement. La FEDOM appelle ainsi à davantage de transparence et de dialogue avant la publication officielle annoncée de l'accord-cadre au Journal officiel, document qui, selon elle, pourrait être source d'usages politiques ou administratifs problématiques.
La réaction de la FEDOM illustre la tension entre attentes de sécurité et requis de prévisibilité économique. Entre espoir d'un meilleur climat pour l'activité — si la lutte contre le narcotrafic porte ses fruits — et inquiétude face à des changements institutionnels insuffisamment évalués, le monde économique martiniquais réclame désormais des garanties et une concertation renforcée.