Une croissance atone malgré un redressement progressif
Les comptes économiques rapides publiés pour 2025 par l’Insee, l’IEDOM et l’AFD dressent un constat préoccupant : l’économie de la Martinique reste quasiment à l’arrêt. Le produit intérieur brut (PIB) se situe à 11,1 milliards d’euros et n’affiche qu’une hausse de +0,1 % en volume par rapport à 2024, bien en deçà des +0,8 % observés pour l’ensemble de la France.
Les auteurs du rapport relèvent toutefois une progressive amélioration après les mouvements sociaux de fin 2024. Mais ce redressement reste timide et ne suffit pas à enclencher un réel élan de croissance. L’incertitude continue d’influencer les décisions des chefs d’entreprise, freinant les dynamiques de court et moyen terme.
Investissement : le principal frein
La faiblesse de l’investissement apparaît comme la première explication de cette stagnation. L’investissement global recule de 6 % en 2025, avec une baisse encore plus marquée dans le secteur de la construction (-8,5 %), pénalisant directement le secteur du bâtiment déjà confronté à d’importantes difficultés structurelles. Les professionnels du secteur, selon l’IEDOM, espèrent toutefois un rebond en 2026.
- Consommation : moteur principal de 2025, +1 % en volume.
- Inflation : ralentissement notable à +1,1 % (contre +2,8 % en 2024).
- Crédits à la consommation : progression de +4,2 %, signe d’un regain des dépenses ménagères.
- Emploi : fragilité persistante avec un recul de l’emploi salarié de -0,4 %.
Prix et pouvoir d’achat : l’amélioration masque des fragilités
Le ralentissement de l’inflation a facilité la reprise de la consommation. Les prix à la consommation n’augmentent plus que de 1,1 % en 2025, porté par un recul des prix de l’énergie de -4,9 %. En parallèle, les prix de l’alimentation progressent de +1,2 % et ceux des produits manufacturés de +0,5 %. Ce cadre plus apaisé a permis aux ménages de reprendre quelque marge de manœuvre, comme l’atteste la hausse des crédits à la consommation.
| Indicateur | Variation 2025 |
|---|---|
| PIB (volume) | +0,1 % |
| Investissement global | -6 % |
| Investissement construction | -8,5 % |
| Consommation des ménages | +1 % |
| Inflation (IPC) | +1,1 % |
| Emploi salarié | -0,4 % |
Quelles conséquences locales ?
Pour les entreprises, la contraction de l’investissement traduit un double effet : incertitude sur la demande future et difficultés d’accès ou de mobilisation des financements. Le secteur du bâtiment est doublement touché — baisse de la demande et tensions sur les carnets de commandes — avec des répercussions sur l’emploi local et les filières annexes.
Du côté des ménages, la décrue de l’inflation et le recul des prix de l’énergie offrent une respiration. Mais la baisse de l’emploi salarié et la fragilité du marché du travail limitent la durée et l’intensité de cette reprise de la consommation. Sans impulsion claire en matière d’investissement public ou privé, le territoire risque de stagner à court terme.
Perspectives
L’IEDOM et les partenaires rappellent que 2026 reste une année charnière : le rebond de l’investissement attendu par certains acteurs serait nécessaire pour transformer la reprise conjoncturelle en croissance durable. À défaut, la Martinique pourrait connaître une période prolongée d’activité atone, avec des implications pour l’emploi et les finances locales.
Pour les observateurs et décideurs locaux, l’enjeu est désormais d’identifier les leviers — investissement public, soutien ciblé aux filières en souffrance, facilitation du financement des PME — qui permettront de convertir le modeste redressement de 2025 en trajectoire de croissance pérenne.