Un mot d'excuse qui tente d'apaiser une filière sur la sellette
À Saint‑Denis et dans les régions cannières, la tempête provoquée par des propos tenus par le directeur général de Tereos n'est pas retombée en une journée. Dans une déclaration écrite rendue publique le 4 juillet, Philippe Labro dit être « sincèrement désolé » que l'expression « consanguinité capitalistique », employée la veille, ait pu blesser des planteurs et des acteurs locaux.
L'interview incriminée, parue le 3 juillet, relançait le débat sur l'idée d'une participation des producteurs au capital des usines sucrières réunionnaises — point sensible dans une île où la canne et le sucre structurent des territoires entiers. Selon la direction, le propos visait à préserver « l'équilibre entre les différents membres de l'interprofession », condition, toujours selon Tereos, des progrès obtenus par la filière.
« Je suis sincèrement désolé »
Face aux réactions vives qui ont suivi la publication — notamment des responsables agricoles et du monde politique local — le dirigeant a explicité son intention : rappeler que des participations croisées au capital pourraient, d'après lui, remettre en cause l'indépendance des acteurs et affaiblir l'interprofession, mettant en péril la dynamique de la filière.
Une controverse qui ravive un vieux débat
À La Réunion, la question de l'implication financière des planteurs dans la gouvernance des usines n'est pas nouvelle. Plusieurs organisations de producteurs réclament depuis plusieurs mois une plus grande part dans les décisions et le capital, estimant que cela renforcerait la place et la sécurité économique des planteurs. Ce point de vue a trouvé un écho politique et social, et les mots employés par la direction d'un grand groupe sucrier ont été perçus comme stigmatisants.
La prise de position d'élus locaux a été franche : le député de La France insoumise, Perceval Gaillard, a publiquement dénoncé des propos jugés « insultants » envers les planteurs et, plus largement, envers La Réunion. D'autres voix du monde agricole ont exprimé leur indignation, rappelant l'importance symbolique et économique des planteurs pour l'île.
Conséquences attendues et points de tension
Si les excuses visent à calmer le jeu, elles ne résolvent pas les questions de fond :
- la gouvernance des usines sucrières et l'avenir de leur reprise éventuelle ;
- la place des producteurs dans les décisions stratégiques et financières ;
- la qualité du dialogue entre industriels et filières locales.
Les débats à venir devraient porter sur des propositions concrètes pour associer davantage les planteurs sans compromettre la viabilité industrielle, ou au contraire sur des garanties préservant l'autonomie des acteurs. Pour l'instant, la communication du groupe vise à rappeler un principe d'équilibre interprofessionnel, tandis que les oppositions exigent des réparations et des engagements tangibles.
Ce que cela change pour les planteurs et le territoire
Sur le terrain, à quelques kilomètres des usines, l'affaire alimente une méfiance supplémentaire entre producteurs et grands industriels. Les planteurs, qui cherchent souvent à sécuriser leurs revenus et à peser sur les choix techniques et commerciaux, voient dans cette polémique une occasion de remettre au centre les débats sur la gouvernance.
À l'échelle locale, toute crispation au sein de la filière canne‑sucre peut avoir des répercussions sur l'emploi, sur les campagnes et sur les coopérations territoriales qui dépendent de la chaîne sucrière. D'où l'enjeu d'un apaisement rapide et de discussions claires sur des pistes de gouvernance partagée.
| Date | Événement |
|---|---|
| 3 juillet | Publication de l'interview contenant l'expression contestée |
| 4 juillet | Déclaration écrite du directeur général de Tereos présentant ses excuses |
La controverse illustre combien les mots pèsent lourd dans les territoires où une filière nourrit autant d'intérêts économiques que d'attaches sociales. La balle est désormais dans le camp des instances interprofessionnelles et des représentants des planteurs pour transformer l'émotion en négociation constructive.
Bertrand Hoarau, correspondant à La Réunion