Un décret et des chiffres qui interpellent
Le Journal officiel a publié en juin un texte « relatif à l’exécution des mesures d’éloignement à Mayotte », acte réglementaire qui prolonge, sur l’archipel, l’application de mesures d’exception en matière migratoire. Pour les associations de défense des droits, cette décision institutionnalise et prolonge des pratiques qui frappent particulièrement les mineurs étrangers et leurs familles.
Sur le terrain, le centre de rétention administrative (CRA) de Pamandzi est au cœur des critiques. Selon des données relayées par plusieurs organisations, le nombre d’enfants migrants retenus y a augmenté entre 2024 et 2025, tandis que la rétention dans l’outre-mer y est particulièrement concentrée.
Ce que dénoncent les associations
Des acteurs locaux et nationaux parlent d’une politique d’« exception » à Mayotte, pointant plusieurs éléments :
- l’absence de dispositifs comme l’Aide médicale de l’État pour certains publics ;
- la restriction effective de droits (asile, droit du sol) pour une partie des populations concernées ;
- l’enfermement de mineurs au sein de centres de rétention, parfois avec leurs proches.
Ces acteurs estiment que ces mesures font de Mayotte un terrain d’expérimentation d’une politique migratoire plus dure que celle appliquée dans l’Hexagone.
Les chiffres communiqués
Différents rapports mentionnent des volumes de personnes retenues et expulsées qui interrogent l’échelle du phénomène à Mayotte. Parmi les éléments cités :
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Enfants migrants retenus à Pamandzi (2025) | 3 074 |
| Enfants retenus à Pamandzi (2024) | 1 860 |
| Part des personnes retenues en outre-mer à Pamandzi (2025) | 96 % |
| Personnes retenues au total (2025, chiffre cité) | 26 520 |
| Expulsions réalisées (2025, chiffre cité) | 21 624 |
Conséquences locales et questions ouvertes
Sur l’île, ces pratiques ont des répercussions quotidiennes : pressions sur les associations d’accueil, tensions familiales liées aux séparations, et interrogation sur la capacité des services sociaux et sanitaires à prendre en charge des mineurs en situation administrative fragile. Les organisations de défense des droits alertent aussi sur le caractère durable de ces mesures si le cadre légal reste inchangé.
Perspectives et pistes
Le décret maintient un régime particulier jusqu’en juillet 2028 et annonce des évolutions de dispositifs, notamment des lieux de prise en charge distincts « spécialement adaptés » pour les familles. Reste à connaître les modalités concrètes, leur financement et leur contrôle. Les acteurs locaux attendent des précisions et appellent à une meilleure protection des mineurs et à des garanties de respect des droits fondamentaux.
À Mayotte, la question migratoire se nourrit d’une histoire et d’une géographie particulières. Les débats autour du décret et de sa mise en œuvre continueront d’être au cœur des discussions entre institutions, associations et familles concernées.