À Petite-Terre, un tournant pour le projet énergétique des Badamiers
Six mois après la déclaration d’utilité publique du projet d’extension de la centrale électrique des Badamiers, la préfecture acte que les pourparlers avec les propriétaires n’ont pas abouti. Un arrêté de cessibilité pris le 3 juillet ouvre désormais la possibilité d’expropriations pour cause d’utilité publique à Dzaoudzi-Labattoir, si aucun accord amiable n’intervient.
À la demande de l’EPRDM, l’État inscrit ainsi dans le droit commun de l’expropriation ce projet porté par Électricité de Mayotte (EDM). Plusieurs familles de Petite-Terre sont concernées par les cinq parcelles identifiées, pour une surface totale de 17 357 m². Le dossier s’inscrit dans un ensemble d’aménagements coordonnés dans le secteur, déjà passés par une enquête publique aux côtés d’un projet de station d’épuration et d’une déchetterie.
Ce que prévoit l’extension: capacités accrues et biocarburant
Le programme d’EDM annonce l’installation de nouvelles unités afin d’accroître la production, avec un passage au biocarburant, à l’image de ce qui est envisagé à Longoni. Un poste source est également planifié pour évacuer l’énergie et sécuriser le maillage entre les îles. L’objectif affiché est d’accompagner une montée en puissance de la production électrique sur l’archipel « multipliée par quatre entre 2021 et 2040 » et le développement d’une zone d’activités aux Badamiers.
« assurer une interconnexion de qualité entre Petite-Terre et Grande-Terre. »
Au-delà de la technique, le projet est présenté comme un levier de stabilisation du réseau et d’accompagnement des usages, dans un contexte de croissance démographique et de besoins en énergie en hausse.
Procédure d’expropriation: quels droits pour les propriétaires?
L’arrêté de cessibilité ne vaut pas expropriation immédiate. La préfecture détaille une séquence encadrée par le code de l’expropriation:
- Envoi d’un courrier recommandé aux propriétaires avec une offre financière pour une cession à l’amiable.
- En cas de refus, saisine du juge de l’expropriation possible un mois après réception de l’offre.
- Éventuelle ordonnance d’expropriation transférant la propriété.
- Possibilité pour les propriétaires de contester le montant indemnisé et de proposer une évaluation: les juges tranchent après procédure.
Pour les familles concernées, l’enjeu immédiat consiste à examiner la proposition qui leur sera adressée, à faire valoir leurs observations et, le cas échéant, à se faire accompagner pour l’évaluation foncière et les démarches contentieuses.
Calendrier et périmètre: les repères clés
| Étape | Périmètre/Date |
|---|---|
| Déclaration d’utilité publique | Janvier (après enquête publique conjointe) |
| Arrêté de cessibilité | 3 juillet (publication par la préfecture) |
| Parcelles concernées | 5 parcelles, 17 357 m² aux Badamiers (Dzaoudzi-Labattoir) |
| Suite de procédure | Offre amiable par LRAR; à défaut, saisine du juge après 1 mois |
Ce cadrage confirme le choix des autorités d’avancer, tout en laissant une dernière fenêtre de négociation. À ce stade, aucune information supplémentaire n’a été communiquée sur le calendrier détaillé des travaux ni sur les modalités opérationnelles du chantier.
Enjeux locaux: énergie, urbanisme et acceptabilité
Le site des Badamiers concentre depuis des années des attentes contradictoires: besoins d’infrastructures face à la réalité foncière et à l’occupation des sols sur un littoral exigu. L’extension de la centrale, couplée à d’autres équipements publics, interroge l’urbanisation de Petite-Terre et l’équilibre entre développement économique, exigences environnementales et maintien des habitants.
Sur le fond, la bascule annoncée vers le biocarburant s’inscrit dans une trajectoire de diversification de l’offre énergétique à Mayotte. La concrétisation de cette ambition passera toutefois par la conduite de chantier et la maîtrise des impacts de proximité. La procédure ouverte par l’arrêté de cessibilité rappelle que, sans compromis financier jugé satisfaisant, l’arbitrage reviendra au juge de l’expropriation.
Pratique: que faire si vous êtes concerné?
- Vérifier le courrier recommandé et la proposition d’indemnisation dès réception.
- Demander, si besoin, un accompagnement juridique ou foncier pour estimer la valeur du bien.
- Répondre dans les délais indiqués pour préserver vos droits, notamment en cas de contestation du montant.
La préfecture indique que la procédure suit son cours. Les propriétaires qui souhaitent négocier une cession à l’amiable disposent encore d’une fenêtre d’échanges. À défaut, la décision appartiendra à la juridiction compétente, qui fixera le niveau d’indemnisation et les modalités de transfert de propriété.