Un retour encadré au cœur d’un accord fragile
Les premières familles autorisées à rentrer à Zawtar el-Gharbiyeh, dans le sud du Liban, découvrent un village dévasté : des immeubles effondrés, des terres agricoles en friche et des maisons criblées de balles. Ce retour limité, présenté comme une zone pilote par l’accord conclu entre Beyrouth et Tel‑Aviv sous médiation américaine, se veut un test de mise en œuvre. Sur le terrain, il met à nu la complexité d’un processus où sécurité, mémoire et réparation se mêlent.
Les retours ont été strictement encadrés : les journalistes autorisés à pénétrer dans le village n’y ont été admis que sous escorte de l’armée libanaise et pour une durée très courte. Les habitants retrouvent des décombres et des signes matériels qui rendent palpable l’occupation et les combats récents, comme des inscriptions en hébreu et des denrées aux marques israéliennes trouvées dans des maisons.
Pour les riverains, la réalité quotidienne reste marquée par la peur. L’armée israélienne reste présente à proximité : des tirs et des dynamitages provenant de secteurs voisins continuent d’être entendus, selon le témoignage du maire. La distance entre les civils revenus et les positions adverses est mesurée en « quelques centaines de mètres », illustrant la fragilité du statu quo.
La dimension humaine du retour est incarnée par des récits personnels. Abbas Azzedinne, propriétaire d’une des maisons encore debout mais gravement endommagée, exprime l’effarement et le désarroi de ceux qui ont perdu l’essentiel de leurs biens après des décennies de travail :
« Nous étions fonctionnaires. Moi et mes fils avons servi dans l'armée. Nous avons travaillé pendant vingt ou trente ans pour construire cette maison, pour enfin pouvoir nous reposer et vivre tranquillement. Quand nous sommes revenus… Nous sommes restés sans voix. »
Il fait partie des 25 familles qui sont rentrées il y a quelques jours. Sur la place du village, habitants et secouristes s’affairent à déblayer, à couper des arbres brûlés et à essayer d’esquisser un début de reconstruction, mais les besoins restent immenses et immédiats.
Politiquement, ce retour pilote a une portée symbolique et opérationnelle. S’il réussit, il pourrait servir de modèle pour d’autres retours encadrés prévus par l’accord. S’il échoue, il risque d’exacerber les tensions et d’entraver la confiance entre les parties, rendant plus difficile la mise en œuvre de dispositions plus larges. À court terme, la priorité demeure la sécurité des civils et la possibilité d’un accès humanitaire soutenu pour permettre des réparations et un retour durable.
- 25 familles sont revenues à Zawtar el-Gharbiyeh.
- La zone reste à quelques centaines de mètres des positions israéliennes.
- Le retour se déroule sous escorte de l’armée libanaise et sur un temps d’accès limité pour la presse.
| Élément | Constat |
|---|---|
| Familles revenues | 25 |
| Proximité des troupes israéliennes | À quelques centaines de mètres |
Ce retour ponctuel illustre la double réalité d’un accord encore fragile : d’un côté, la volonté de tester des mécanismes de réinstallation; de l’autre, les obstacles matériels, psychologiques et sécuritaires persistants. La manière dont seront traitées les conséquences humaines et matérielles de ces retours pèsera lourd dans l’avenir des relations entre les communautés locales, l’armée libanaise et les forces israéliennes, et déterminera la crédibilité des étapes suivantes prévues par l’accord.