Un conglomérat d’État qui gagne en puissance
Alors que la Russie affiche des signes d’affaiblissement macroéconomique, Rosatom se présente comme une exception : le groupe public, centré historiquement sur le nucléaire civil, étend son champ d’action et affirme son influence industrielle. Le contraste est frappant avec le contexte global : depuis 2022, la Russie est qualifiée dans la presse de pays le plus sanctionné au monde, derrière lequel figurent l’Iran et la Corée du Nord, et quelque 25 000 mesures restrictives visent individus et entités russes.
La photographie d’un moment symbolique — le patron de Rosatom, Alexei Likhachev, présentant les plans d’une usine de batteries au maire de Moscou Sergei Sobyanin et au ministre de la Sécurité civile Alexander Kurenkov (16 février 2026) — illustre cette diversification industrielle et la volonté du groupe de se positionner sur des segments stratégiques hors du strict format nucléaire.
Pourquoi Rosatom résiste aux sanctions
Plusieurs facteurs expliquent la capacité du groupe à prospérer malgré les pressions occidentales. D’abord, sa nature d’entreprise d’État confère des moyens de financement et un accès aux marchés domestiques que les acteurs privés ne partagent pas forcément. Ensuite, Rosatom a développé des compétences techniques, une organisation verticale intégrée et des positions à l’export qui lui permettent de contourner, partiellement, certains verrous commerciaux et technologiques.
- Intégration verticale : du combustible à la construction, en passant par les services, Rosatom maîtrise une chaîne complète.
- Diversification : projets dans les batteries et d’autres secteurs industriels pour réduire la dépendance au seul nucléaire.
- Soutien politique : garantie d’un appui étatique pour les grands projets et les accords internationaux.
Conséquences pour l’économie mondiale et les marchés
La montée en puissance de Rosatom interroge plusieurs niveaux : la compétition technologique dans l’énergie bas-carbone, la sécurité des chaînes d’approvisionnement et la capacité des sanctions à modifier les trajectoires industrielles d’un grand État. Pour les pays européens, dont la France, la trajectoire du groupe russe pose un dilemme : comment concilier la pression diplomatique et la nécessité d’assurer des approvisionnements ou des coopérations techniques dans des domaines sensibles ?
À plus court terme, la stratégie de Rosatom peut accentuer la polarisation des circuits commerciaux et technologiques, poussant certains pays à réorienter leurs partenaires ou à renforcer leurs propres capacités souveraines dans des secteurs stratégiques, notamment les batteries et les composants énergétiques.
Ce que cela signifie pour la politique industrielle
La résilience de Rosatom souligne l’importance de politiques industrielles robustes pour préserver la souveraineté technologique. En France et en Europe, les marges de manœuvre reposent sur le soutien à la R&D, le financement d’acteurs stratégiques et la coordination des normes et sanctions pour éviter des contournements inefficaces.
"Plus puissant qu'à l'époque soviétique"
Données synthétiques
| Élément | Information |
|---|---|
| Année de durcissement des sanctions | 2022 |
| Nombre approximatif de mesures restrictives | 25 000 |
| Acteurs nommés | Alexei Likhachev, Sergei Sobyanin, Alexander Kurenkov |
En conclusion, la trajectoire de Rosatom illustre la capacité d’un groupe d’État à tirer parti d’une organisation intégrée et d’un soutien national pour contourner, partiellement, les effets des sanctions. Pour les économies occidentales, cela renforce l’urgence de consolider les chaînes d’approvisionnement stratégiques et d’affiner les instruments de politique industrielle afin de répondre à des concurrents qui continuent de se renforcer malgré l’isolement international.