Un dispositif départemental inédit
Le 4 juin, sur le site Pulse à Saint‑Denis, la Seine‑Saint‑Denis a officialisé la création du premier réseau départemental dédié à la lutte contre les discriminations liées à l'origine et au genre dans l'accès à l'emploi. Présentée comme une première en France, cette initiative a vocation à sécuriser les parcours d'insertion des habitants et à structurer la réponse institutionnelle face à des inégalités attestées localement.
Co‑piloté par Mélissa Youssouf (vice‑présidente chargée de l'insertion) et Oriane Filhol (chargée de la lutte contre les discriminations), le dispositif s'inscrit dans la continuité de la politique d'insertion du Département entamée en 2025 sous l'appellation « Nouvelle Donne de l'Insertion ».
Des mesures concrètes sur le terrain
Le réseau ne se limite pas à une déclaration d'intention : il prévoit des actions opérationnelles ciblées. Parmi les mesures annoncées :
- la désignation d'un référent au sein de chaque employeur adhérent ;
- la formation des recruteurs aux biais inconscients ;
- le signalement systématique des cas avérés aux structures d'aide aux victimes.
Ces leviers visent à agir sur la chaîne du recrutement, depuis la rédaction des offres jusqu'aux entretiens, en passant par l'accompagnement des personnes victimes.
Des chiffres locaux qui poussent à agir
Le lancement s'appuie sur les données de l'Observatoire départemental contre les discriminations, qui montrent l'ampleur des difficultés :
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Signalements liés à la recherche d'emploi ou au travail | 49 % |
| Résidents déclarant avoir subi au moins une discrimination | 69 % |
Ces chiffres, éloquents, ont servi d'alerte pour les élus et associations locales : la discrimination au travail n'est pas un fait isolé mais un frein structurel à l'insertion pour une partie importante de la population du 93.
Une parole politique et des attentes concrètes
« Les habitants et les professionnels de terrain témoignent régulièrement de situations de discrimination qui affectent durablement les parcours d'insertion, fragilisent la confiance dans les institutions et entravent l'accès au droit »
Cette déclaration du président du Département, Stéphane Troussel, a servi de fil conducteur à la présentation : il a insisté sur la nécessité d'une réponse localisée, tenant compte des réalités spécifiques de la Seine‑Saint‑Denis, sans hiérarchiser les formes de discriminations mais en les objectivant par l'expérience des habitants.
Ce que ça change pour les habitants
Sur le terrain, le réseau promet des effets tangibles : procédures de signalement mieux coordonnées, repérage rapide des situations problématiques, et interventions plus ciblées des services d'accompagnement. Pour les demandeurs d'emploi, cela devrait signifier une meilleure protection et plus de recours lorsque des pratiques discriminantes sont constatées. Pour les employeurs, c'est un appel à la responsabilité et à la formation pour professionnaliser les démarches de recrutement.
Reste à suivre la mise en œuvre opérationnelle : calendrier des formations, nombre d'employeurs engagés et moyens dédiés seront les prochains indicateurs à surveiller pour évaluer l'impact réel du réseau sur l'accès au travail dans le département.
En Seine‑Saint‑Denis, où le taux de signalement et la perception d'expériences discriminantes restent élevés, cette initiative constitue une étape concrète. Pour les associations et les habitants, elle ouvre la possibilité d'une action coordonnée et visible contre des pratiques qui minent les parcours professionnels.