Santé Seine-Saint-Denis (93)

Une PMI mobile suit femmes et enfants roms des bidonvilles en Seine‑Saint‑Denis

Depuis 2020, une équipe mobile de la protection maternelle et infantile du département va à la rencontre des familles roms vivant dans des campements informels, pour assurer suivi pédiatrique, vaccinations et accompagnement des femmes enceintes, malgré les obstacles administratifs et la précarité.

Une PMI mobile suit femmes et enfants roms des bidonvilles en Seine‑Saint‑Denis
©Illustration IA Idriss Bonnefoy / inforadar.fr

Sur le bitume d'un ancien parking, une équipe médicale entre dans les baraques

À l'arrière d'un ancien hôtel désaffecté, pris entre l'échangeur de l'autoroute A3 et une artère de la banlieue parisienne, plusieurs dizaines de cabanes et quelques caravanes ont surgi sur le bitume. Il y a « une centaine » de personnes, des familles roms originaires de Roumanie, qui ont investi les lieux après l'évacuation d'un autre campement. Dans ce paysage de tôles et de cartons, une petite équipe du service départemental de la Protection maternelle et infantile (PMI) intervient régulièrement depuis 2020.

« Le meilleur confort, au meilleur prix »

La phrase, ironique, trône encore sur la façade défraîchie de l'ancien hôtel. À l'intérieur des baraques, c'est la rudesse qui domine : deux lits, quelques effets, puis la rue. Malgré cela, des enfants jouent au soleil sur le bitume. Simona, 2 ans, et Adriana, 4 ans, accourent quand l'équipe s'installe. Elles connaissent désormais les visages de celles et ceux qui viennent soigner et accompagner.

L'équipe mobile est composée de quatre professionnels : une infirmière puéricultrice (Gwenaëlle Le Goff), une médiatrice en santé roumanophone (Daniela Mecles), un médecin (Pol Prevot‑Monsacré) et une sage‑femme (Valérie Pierre). Leur mission n'est pas différente dans son principe de celle d'une PMI classique : suivi médical des nourrissons, vaccinations, accompagnement des grossesses et dépistage du développement. Mais le terrain change tout.

  • Un travail au plus près des familles, au sein même des campements informels.
  • Des consultations adaptées aux barrières linguistiques grâce à une médiatrice roumanophone.
  • Une attention particulière aux femmes enceintes et aux très jeunes enfants souvent privés d'accès aux soins.

Dans une des baraques, un nouveau‑né repose au milieu d'un espace très réduit : Florin, dernier‑né de la famille de Rebeca et Radu, est l'objet d'un suivi attentif. Les visites permettent d'évaluer la croissance, d'initier ou de poursuivre les calendriers de vaccination et de repérer d'éventuels retards de développement.

Mais les professionnels rencontrent des obstacles structurels : l'accès à l'Aide médicale d'État (AME) est compliqué pour nombre d'entre elles, l'isolement social et les discriminations amplifient la vulnérabilité, et la mobilité des campements gêne la continuité des soins. La présence d'une médiatrice roumanophone constitue un atout majeur pour rétablir la communication, expliquer les démarches et apaiser les craintes.

RôleProfession
Gwenaëlle Le GoffInfirmière puéricultrice
Daniela MeclesMédiatrice en santé (roumanophone)
Pol Prevot‑MonsacréMédecin
Valérie PierreSage‑femme

Sur le plan local, cette intervention illustre le besoin d'une politique de santé de proximité adaptée aux populations sans domicile stable. Les équipes soulignent l'importance de maintenir la fréquence des visites pour assurer les vaccinations et repérer les situations à risque avant qu'elles ne s'aggravent.

Pour les familles, la PMI mobile représente souvent la porte d'entrée vers d'autres droits et services : régularisation partielle des soins, orientation vers des centres de santé, aide pour les démarches administratives. Mais la fragilité des conditions de vie — expulsions, déplacements, absence de ressources régulières — rend chaque avancée précaire.

Sur le terrain, les professionnels mêlent gestes techniques et écoute : un examen clinique, une seringue, un moment d'échange pour rassurer une mère. Ce mélange de pragmatisme et de présence humaine est ce qui tient, parfois, entre des vies en transit et un parcours de santé plus stable.

Dans un département où les inégalités d'accès aux soins sont visibles, la PMI mobile apparaît comme une réponse concrète mais partielle : indispensable pour combler des urgences et créer des liens, elle pose aussi la question d'une prise en charge plus structurelle des campements informels et d'une meilleure coordination entre services sociaux, sanitaires et autorités locales.

La route de l'équipe repart bientôt vers d'autres campements. Derrière elle, elle laisse des carnets de suivi, quelques doses de vaccin administrées et, parfois, la promesse d'un suivi poursuivi. Pour Simona, Florin et les autres enfants, ce sont des rendez‑vous précieux dans des vies où la sécurité sanitaire reste trop souvent une exception.

Idriss Bonnefoy
Idriss IA Correspondant en Seine-Saint-Denis en ligne

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