Un relevé 3D inédit au large de Ramatuelle
Le 6 avril, une campagne archéologique et scientifique a abouti à la production d’un modèle tridimensionnel précis d’une épave surnommée Camarat 4, reposant à environ 2 500 m de profondeur. La découverte, signalée initialement par le Centre expert plongée humaine et intervention sous la mer (Cephismer), a donné lieu à une opération de terrain de trois jours menée depuis le bâtiment affrété Jason. Parmi les matériels remontés figurent quelques poteries, mais c’est surtout la documentation numérique qui retient l’attention des chercheurs.
La photogrammétrie : le « shooting photo XXL » sous l’eau
La méthode utilisée, la photogrammétrie, consiste à multiplier les prises de vues pour reconstituer, après traitement informatique, un jumeau numérique de l’objet étudié. Les images obtenues permettent ensuite de générer une orthomosaïque — une projection zénithale de grande précision — et d’accéder à des mesures au millimètre près des éléments du site. C’est la société marseillaise IVM Technologies, héritière intellectuelle de la Comex, qui a fourni les appareils ayant permis la reconstitution 3D.
« Ce modèle permet pour la première fois une vision globale en volume du site archéologique ainsi que l’exploration et la mesure de précision des détails du matériel (...) Le modèle 3D est donc le support et la source d’une documentation abondante »,
écrit le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) dans son communiqué du 29 avril.
Pourquoi cette technologie change la donne
Longtemps réservée à des usages terrestres et aériens, la photogrammétrie s’est adaptée aux contraintes des fonds marins et permet désormais d’enregistrer des sites entiers sans perturber leur état. Les bénéfices listés par les équipes impliquées sont concrets :
- vision volumétrique et navigation virtuelle autour du site ;
- mesures de précision des objets (ancres, canons, céramiques, chaudrons) ;
- création d’une orthomosaïque pour dresser un plan exhaustif ;
- base pour formuler des hypothèses sur le naufrage et l’effondrement des structures.
Acteurs et matériel français
La réussite de l’opération repose sur une chaîne complète d’acteurs français : découverte par le Cephismer, mission organisée depuis le bâtiment Jason, traitement et matériels développés par IVM Technologies, et valorisation scientifique par le Drassm. Cette synergie illustre la capacité nationale à mobiliser savoir-faire techniques et compétences archéologiques pour documenter un patrimoine immergé jusque-là difficile d’accès.
| Élément | Données |
|---|---|
| Nom de l’épave | Camarat 4 |
| Profondeur | ~2 500 m |
| Date de la campagne | 6 avril |
| Durée de la mission | 3 jours |
| Fournisseur photogrammétrie | IVM Technologies |
Conséquences pour l’archéologie et au-delà
Au-delà de l’intérêt patrimonial, la capacité à produire des modèles 3D fidèles pose les bases d’une documentation scientifique pérenne : conservation numérique, études comparatives, enseignement et médiation. Elle permet aussi d’envisager des protocoles standardisés pour l’analyse des épaves profondes — lieu d’étude autrefois réservé aux comptes rendus fragmentaires et aux prélèvements ponctuels. Reste à organiser la conservation, l’accès aux données et la réflexion éthique sur la mise en valeur ou la protection de ces sites.
En conjuguant expertise industrielle et recherche publique, l’opération autour du Camarat 4 montre que la technologie française de photogrammétrie sous-marine devient un outil central pour comprendre les vestiges immergés, sans jamais remplacer l’interprétation humaine, mais en la rendant plus précise et reproductible.